COMMISSION
EUROPEENNE POUR LA DEMOCRATIE PAR LE DROIT
(COMMISSION
DE VENISE)
AVIS
SUR LA RECOMMANDATION 1714
(2005)
DE L’ASSEMBLÉE
PARLEMENTAIRE
RELATIVE À L’ABOLITION
DES RESTRICTIONS
AU DROIT DE VOTE
Adopté par
le Conseil des élections démocratiques
lors de sa
14e réunion
(Venise, 20
octobre 2005)
et la
Commission de Venise
lors de sa
64e session plénière
(Venise,
21-22 octobre 2005)
sur la base
des contributions de
Mme
Mirjana Lazarova Trajkovska
(membre,
« ex-République yougoslave de Macédoine »)
M. Franz
MATSCHER (membre, Autriche)
I.
Remarques générales
1. La Commission de
Venise a étudié à plusieurs reprises la question du droit de vote (tant actif
que passif) et réaffirmé à de nombreuses occasions l’importance de ce droit
dans toute démocratie. Elle a examiné cette question à la fois en tant que
thème général intéressant les Etats membres du Conseil de l'Europe, et dans le
cas concret de la participation des minorités à la vie publique. Le droit de
vote a également fait l’objet de discussions et commentaires dans le cadre de
la coopération de la Commission de Venise avec certains pays concernant des
problèmes constitutionnels.
2. Le problème des
restrictions du droit de vote a fait l’objet de deux rapports de Mme M. Lazarova Trajkovska
et M. F. Matscher (CDL-AD(2005)011 et 012) entérinés par la Commission de Venise
lors de sa 61e session plénière des 3 et 4 décembre 2004.
3. Le droit de vote en
tant qu’un des droits politiques fondamentaux est également essentiel à la
réalisation d’un certain nombre de droits civils et sociaux. Par ailleurs, les
principes d’universalité, d’égalité, de liberté et de secret du suffrage constituent
les quatre piliers du patrimoine électoral européen qui figure dans les
constitutions et les lois électorales des Etats membres et des Etats
observateurs du Conseil de l'Europe. A cet égard, l’abolition des restrictions
au droit de vote devrait intéresser les Etats et servir d’objectif pour de
nouvelles activités du Conseil de l'Europe et d’autres organisations
internationales.
4. Dans certains Etats
membres et observateurs du Conseil de l'Europe, la mise en œuvre des normes et
des principes généraux en vigueur est profondément influencée par les coutumes
et les traditions, mais surtout par le niveau de culture politique. Dans un
certain nombre de cas et de situations dans des pays d’Europe et ailleurs,
diverses normes et pratiques visent à limiter le droit de vote de certaines
catégories de personnes. Ces restrictions sont problématiques du point de vue
des droits de l’homme. Les institutions européennes et notamment l’Assemblée
parlementaire du Conseil de l'Europe s’efforcent de supprimer ces restrictions.
5. Cet avis a été rédigé
à la demande du Comité des Ministres et il se propose de traiter la
Recommandation 1714 (2005) relative à l’abolition des restrictions au droit de
vote. La recommandation se réfère à la Résolution 1459 (2005) et doit
être analysée et examinée à la lumière de celle-ci.
6. La recommandation
invite le Comité des Ministres, premièrement, à demander instamment aux Etats
membres et observateurs d'examiner cette question à la lumière des derniers
développements en Europe ; deuxièmement, à demander aux services
compétents du Conseil de l'Europe, notamment la Commission européenne pour la
démocratie par le droit (Commission de Venise) et son Conseil des élections
démocratiques, de développer leurs activités d’amélioration des conditions
permettant l’exercice effectif des droits électoraux des groupes rencontrant
des difficultés particulières ; et troisièmement, à analyser les
instruments existants visant à faciliter l’exercice des droits électoraux des
expatriés.
7. Le présent avis, qui a
été établi sur la base des commentaires de Mme M. Lazarova Tradjkovska et M. F. Matscher, a été adopté
par le Conseil des élections démocratiques lors de sa 14e réunion (Venise,
20 octobre 2005) et par la Commission de Venise lors de sa 64e
session plénière (Venise, 21‑22 octobre 2005).
II. Appel aux Etats membres et
observateurs
8. Renvoyant à sa Résolution 1459 (2005),
l'Assemblée parlementaire invite le Comité des Ministres à demander instamment
aux Etats membres et observateurs, premièrement, de signer et de ratifier la Convention
de 1992 du Conseil de l'Europe sur la participation des étrangers à la vie
publique au niveau local (STE n° 144) et d'accorder des droits
électoraux actifs et passifs aux élections locales à tous les résidents légaux
et, deuxièmement, de réexaminer les restrictions existantes aux droits électoraux
des détenus et des membres des forces armées afin d'abolir toutes celles qui ne
sont plus nécessaires ni proportionnées dans la poursuite d'un objectif
légitime.
9. Il faut se féliciter de l'appel aux Etats
membres et observateurs à signer et ratifier la Convention de 1992 du Conseil
de l'Europe sur la participation des étrangers à la vie publique au niveau
local (STE n° 144) visant à accorder des droits électoraux actifs et
passifs aux élections locales à tous les résidents légaux. Cette approche est
conforme au Code de bonne conduite en matière électorale, qui
indique au point I.1.1.b.ii : «…il est tout à fait souhaitable que,
après une certaine durée de résidence, les étrangers disposent du droit de vote
sur le plan local ». Ce droit pourrait être accordé après cinq ans de
résidence permanente, par exemple.
10. L'appel aux Etats membres et observateurs à
réexaminer les restrictions existantes aux droits électoraux des détenus et des
membres des forces armées afin d'abolir toutes celles qui ne sont plus nécessaires
ni proportionnées dans la poursuite d'un objectif légitime est particulièrement
important. Dans certains pays, les droits de vote des personnes servant dans la
police sont soumis à des restrictions (elles n'ont pas le droit de voter ou
d'être élues). Cette pratique est contraire à l'approche la plus courante qui
évite de restreindre les droits de vote de ces personnes. Cette approche
devrait également s'appliquer à des groupes tels que les résidents de maisons
de retraite, les personnes condamnées pour une infraction pénale, les groupes
nomades et les personnes temporairement absentes de leur domicile.
III. Futures activités de la Commission de
Venise et du Conseil des élections démocratiques
11. L'Assemblée parlementaire invite les services
du Conseil de l'Europe, notamment la Commission de Venise et son Conseil des
élections démocratiques, à développer leurs activités d'amélioration des
conditions permettant l'exercice effectif des droits électoraux des groupes
rencontrant des difficultés particulières, comme les expatriés, les détenus,
les personnes condamnées pour une infraction pénale, les personnes vivant dans
des établissements d'hébergement médicalisé, les militaires ou les groupes
nomades. Ici, nous ajouterons les minorités nationales et les personnes ayant
une double nationalité. Selon nous, ces deux groupes font également l'objet de
restrictions ou de discriminations.
12. La Commission de Venise et son Conseil des
élections démocratiques suivent les réalisations dans le domaine des élections
démocratiques et concernant le droit de vote, qui fait partie des droits de
l'homme fondamentaux par des avis d'experts, des études, des réunions
consultatives et des séminaires. Ces réalisations continueront à influencer
l’amélioration des législations internationales et nationales. Il est
extrêmement important que le Conseil des élections démocratiques coordonne les
activités dans ce domaine avec celles d'autres organes du Conseil de l'Europe,
en particulier l'Assemblée parlementaire, le Congrès des pouvoirs locaux et
régionaux ainsi qu'avec le BIDDH de l'OSCE.