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Commission européenne
pour la démocratie par le droit
Projet de rapport annuel d’activités 2008
TABLE DES MATIERES
INTERVENTION DE M. JAN HELGESEN,
PRESIDENT DE LA
COMMISSION DE VENISE LORS DE LA 77e SESSION PLENIERE
(Venise, 12-13 décembre 2008)
Mesdames et Messieurs les membres de la Commission de
Venise, chers amis,
Alors que nous nous apprêtons à quitter Venise, je tiens à
vous faire part de quelques réflexions. Je précise que je n’entends pas faire
le bilan de l’année.
L'année 2008 a été une année très active et exigeante pour
notre Commission qui a encore consolidé sa position. Les interventions faites à
l’occasion de nos quatre sessions ont confirmé le respect que la Commission
inspire à la communauté internationale. Nous savons aussi que la Commission est
présente lors des débats menés au sein des parlements et des gouvernements
nationaux.
J’aimerais rapporter une anecdote. Un médiateur, venu à
Venise, nous a dit que lorsqu'il avait l'impression que ses arguments n'étaient
pas acceptés par un gouvernement, il faisait savoir à ce dernier qu'il
porterait la question devant la Commission de Venise, ce qui suffisait à le
faire céder. Voilà qui est encourageant. Un tel témoignage donne sens au
travail que nous menons dans cette magnifique Scuola.
L'année 2009 ne sera pas moins passionnante que 2008.
Il est regrettable que la compréhension et l'acceptation de
l'un des piliers de la Commission de Venise, à savoir le principe de l’Etat de
droit, soit mis en cause, voire menacé par certaines forces. Un exemple suffit
: « la guerre contre la terreur » représente une grave menace pour le respect
de l’Etat de droit. Je me félicite de l’étude que la Commission de Venise
compte mener au courant de l'année à venir sur la conformité de la législation
antiterroriste mise en place dans certains Etats membres avec la Convention
européenne des droits de l'homme.
La Commission ne doit avoir de cesse de souligner que la
démocratie en Europe et dans le reste du monde doit reposer sur le respect de
la prééminence du droit. Aucun gouvernement, fut il élu démocratiquement, ne
peut porter atteinte à la prééminence du droit, sous prétexte qu'il protège
d'autres valeurs légitimes.
On entend souvent dire, en ces temps difficiles, qu'il est
impossible d'appliquer les constitutions ou plus généralement de respecter
l'Etat de droit. C'est une vision totalement erronée des choses. La Commission
de Venise doit indiquer très clairement que l’Etat de droit doit aussi être
respecté lorsqu'une nation traverse une période difficile.
Je me félicite de voir que cette approche est aussi celle
que la Cour suprême des Etats-Unis a retenue dans l'affaire Boumediene contre
Bush en juin dernier. Le requérant, détenu à Guantanamo, considère qu’il est
protégé par la Constitution des Etats-Unis. L'administration américaine
affirme, comme nous le savons, que ces suspects se sont mis eux mêmes hors la
loi et que la Constitution ne peut s'appliquer compte tenu de la période sombre
et difficile que le pays traverse. La réponse de la Cour suprême est limpide :
au nom de la majorité, le juge Kennedy estime que ces prisonniers aussi sont
protégés par la Constitution et il ajoute : « les lois et la Constitution sont
destinées à survivre et à demeurer en vigueur en période exceptionnelle. Il est
possible de concilier liberté et sécurité et dans notre système ces deux
aspects sont réunis dans le cadre de la loi ».
La Commission de Venise est non seulement une institution
mais aussi un organe composé d'êtres humains. Je tiens à saisir l'occasion qui
m'est offerte de vous remercier tous chaleureusement d'avoir, au cours de
l'anné écoulée, investi autant de temps, d'énergie et, si je peux me permettre,
de matière grise dans la Commission. La qualité des travaux de la Commission de
Venise est révélatrice de vos compétences et qualités personnelles.
Je tiens en particulier à remercier le Secrétariat pour
toutes les heures, les journées et les nuits qu'il a consacrées à la Commission
de Venise. Celle ci dispose d'un excellent secrétariat, j’en suis parfaitement
conscient. Relayez, s'il vous plaît, ce message auprès de vos collègues restés
à Strasbourg.
Les interprètes sont un élément très important du
Secrétariat et nous les remercions pour leur talent. Nous évoquons souvent les
« problèmes de traduction » lorsque nous examinons un projet de loi. Au sein de
la Commission proprement dite, il n'y a pas de problème de traduction.
Que pourrais je ajouter ? Je vous souhaite d’excellente
fêtes de fin d'année et vous présente tous mes vœux pour 2009. J'espère que
cete période sera, pour vous, l'occasion de vous détendre.
Nous nous retrouverons au début de l'année pour préparer la
session de mars.
I. ACTIONS EN FAVEUR DE LA STABILITÉ
DÉMOCRATIQUE – APERÇU DES ACTIVITÉS DE LA COMMISSION DE VENISE EN 2008
1. La
Commission de Venise : présentation[1]
La Commission européenne pour la démocratie par le droit, plus
connue sous le nom de Commission de Venise, est un organe consultatif du
Conseil de l’Europe sur les questions de droit constitutionnel, dont la protection
des droits de l’homme, le droit électoral et la protection des minorités
nationales. Elle est composée d’experts indépendants. Créée en 1990 par un
accord partiel entre dix-huit États membres du Conseil de l’Europe, elle joue
depuis un rôle déterminant dans l’adoption et la mise en œuvre de constitutions
fidèles au patrimoine constitutionnel européen. La Commission tient quatre sessions plénières par an, à Venise, et travaille principalement dans
trois domaines : l’assistance constitutionnelle, la justice
constitutionnelle et les questions électorales et référendaires. En 2002, après
que tous les États membres du Conseil de l’Europe l’eurent rejointe, la
Commission est devenue un accord élargi permettant à des États non européens
d’en devenir membres à part entière. La Commission est financée par ses États membres de manière proportionnelle, selon les critères utilisés par le Conseil de
l’Europe dans son ensemble. Ce système garantit l’indépendance de la Commission vis-à-vis des États qui sollicitent son aide.
Le premier rôle de la Commission est d’offrir une assistance constitutionnelle aux États, avant tout – mais non exclusivement – à ceux
qui participent à ses travaux[2].
Cette assistance prend la forme d’avis, élaborés par la Commission à la demande non seulement des États, mais aussi des organes du Conseil de
l’Europe, en l’occurrence l’Assemblée parlementaire, le Comité des Ministres,
le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux et le Secrétaire Général, ainsi que
d’autres organisations ou entités internationales participant à ses activités.
Les avis portent sur des projets de constitutions, d’amendements
constitutionnels ou d’autres textes législatifs dans le domaine du droit
constitutionnel. La Commission a donc apporté une contribution souvent décisive
au développement du droit constitutionnel, principalement, bien que non
uniquement, dans les nouvelles démocraties d’Europe centrale et orientale.
Le but du travail d’assistance de la Commission de Venise
est de fournir une analyse complète, précise, détaillée et objective de la
compatibilité avec les normes européennes et internationales, mais aussi de la
faisabilité et de la viabilité des solutions envisagées par l’État concerné.
Les recommandations et suggestions de la Commission reposent largement sur l’expérience européenne commune en la matière.
La Commission ne cherche pas à imposer ses solutions, mais adopte
une approche non directive, fondée sur le dialogue. Ainsi, le groupe de
rapporteurs effectue de fréquentes visites dans le pays à l’étude pour
rencontrer sur le terrain les différents acteurs politiques concernés. Une
telle approche facilite en outre la vision la plus objective possible de la
situation. La Commission ne prône pas de modèles de constitutions ou de lois
idéales, mais s’efforce, sur la base de normes communes, de comprendre à
travers ce dialogue les besoins et les contraintes des pays demandeurs avant de
délivrer ses avis.
La méthode de travail de la Commission consiste à former, en son sein mais parfois en s’adjoignant des experts, un groupe
de rapporteurs qui présentent leurs observations individuelles sur le texte
concerné. Après discussion avec les autorités nationales et les autres
instances pertinentes du pays, le groupe de travail rédige un projet d’avis
commun sur la conformité du texte (de préférence à l’état de projet) avec les
normes juridiques et démocratiques européennes et internationales, ainsi que
sur les améliorations qui pourraient lui être apportées compte tenu de
l’expérience commune. Le projet d’avis est examiné et adopté par la Commission en session plénière, habituellement en présence de représentants du pays concerné.
Après adoption, l’avis est transmis à l’État ou à l’organisme qui l’a demandé
et devient public.
Bien que les avis de la Commission ne soient pas contraignants, ils finissent généralement par être reflétés dans le
droit des pays sur lesquels ils portent, grâce à l’approche adoptée et à la
réputation d’indépendance et d’objectivité dont jouit la Commission. Par ailleurs, même après l’adoption d’un avis, la Commission reste à la
disposition de l’État concerné et continue souvent de fournir son assistance
jusqu’à l’adoption définitive de la constitution ou de la loi.
À la demande de l’Union européenne notamment, la Commission
a également joué et continue de jouer un rôle important dans l’interprétation
et le développement du droit constitutionnel des pays qui ont connu,
connaissent ou risquent de connaître des conflits ethniques ou politiques. Ce
rôle consiste à fournir une assistance technique portant sur la dimension
juridique de la recherche d’un accord politique.
Bien que la plupart de ses travaux portent sur des pays
spécifiques, la Commission de Venise réalise, dirige et commande également des
études et rapports sur des sujets d’intérêt général. Pour ne citer que quelques
exemples montrant la diversité, la complexité et l’importance des thèmes
traités, la Commission a élaboré des rapports sur une éventuelle convention en
matière de droits des minorités, sur la question des « minorités apparentées »,
sur les voies de recours en cas de durée excessive des procédures, sur le
statut des détenus de Guantanamo, sur le contrôle démocratique des services de
sécurité et des forces armées et sur les relations entre liberté d’expression
et liberté de religion.
Ces études peuvent notamment aboutir à l’élaboration de
lignes directrices et de projets d’accords internationaux ou donner lieu, soit
à des conférences scientifiques dans le cadre des Universités pour la
démocratie (UniDem), dont les actes sont publiés dans la collection
« Science et technique de la démocratie », soit à des
séminaires de formation à l’attention des fonctionnaires (Campus UniDem).
S’agissant de la prééminence du droit cependant, il ne
suffit pas d’accompagner les États dans l’adoption de constitutions
démocratiques. Il faut aussi les aider à faire en sorte qu’elles soient
appliquées. C’est pourquoi la justice constitutionnelle représente aussi
l’un des principaux domaines d’activité de la Commission, qui a développé une coopération étroite avec les principales parties prenantes
dans ce domaine, c’est-à-dire les cours constitutionnelles et autres
juridictions à compétence équivalente. Dès 1991, la Commission a créé le Centre de justice constitutionnelle, dont la principale mission est de
collecter et de diffuser des documents relatifs à la jurisprudence
constitutionnelle. Les activités de la Commission en ce domaine sont supervisées par le Conseil mixte de justice constitutionnelle. Celui-ci se compose de
membres de la Commission et d’agents de liaison désignés par les juridictions
participantes dans plus de cinquante pays (dont des pays non européens), par la Cour européenne des droits de l’homme, par la Cour de justice des Communautés européennes et
par la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Depuis 1996, la Commission a noué une coopération avec plusieurs regroupements régionaux ou linguistiques de
cours constitutionnelles, dont notamment la Conférence des cours constitutionnelles européennes, l’Association des cours constitutionnelles
ayant en partage l’usage du français, la Commission des juges d’Afrique australe, la Conférence des cours constitutionnelles des nouvelles démocraties, le
Réseau des cours constitutionnelles d’Asie, l’Union des cours et des conseils
constitutionnels arabes et la Conférence ibéro-américaine de justice constitutionnelle. En janvier 2009, la Commission a organisé, avec la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud, une conférence mondiale sur la justice
constitutionnelle qui a réuni pour la première fois tous ces regroupements
régionaux et les juridictions qui en font partie, ainsi que les juridictions du
Commonwealth et les juridictions lusophones. La Conférence a décidé de créer une association, bénéficiant de l’aide de la Commission de
Venise et ouverte à toutes les juridictions participantes, visant à promouvoir
la coopération au sein des regroupements, mais aussi entre eux à l’échelle
mondiale.
Les activités de la Commission en matière de justice constitutionnelle comprennent aussi, depuis 1993, la publication du Bulletin de
jurisprudence constitutionnelle, où sont résumées en anglais et en
français les plus importantes décisions rendues par les plus de quatre-vingts
juridictions participantes. Le Bulletin a aussi un équivalent
électronique, la base de données CODICES, qui contient en sus plus de
5 000 textes intégraux de décisions, des constitutions et la description
de nombreuses juridictions et des textes qui les régissent[3]. Ces publications se
sont révélées décisives pour l’enrichissement mutuel des jurisprudences
constitutionnelles.
À la demande d’une cour constitutionnelle ou d’une
juridiction de compétence équivalente, la Commission peut également délivrer des avis amicus curiae, non sur la constitutionnalité du texte concerné, mais
sur des questions de droit constitutionnel comparé et de droit international.
Le dernier volet d’activité de la Commission en matière de justice constitutionnelle est le soutien qu’elle apporte aux cours
constitutionnelles et aux juridictions équivalentes lorsque celles-ci subissent
des pressions de la part d’autres instances de l’État. La Commission a même réussi, à plusieurs reprises, à contribuer au maintien de juridictions
menacées de dissolution. Il convient aussi de souligner que généralement
parlant, en facilitant, lorsque nécessaire, la prise d’appui sur la
jurisprudence étrangère, le Bulletin et CODICES concourent aussi au
renforcement du pouvoir judiciaire. Enfin, la Commission organise des séminaires et conférences en coopération avec les cours constitutionnelles
et les juridictions équivalentes et met à leur disposition, sur Internet, un
forum qui leur est réservé, le Forum de Venise, à travers lequel elles peuvent
échanger rapidement des informations sur les affaires pendantes.
La justice ordinaire est devenue un sujet d’importance
croissante pour la Commission. De plus en plus souvent, la Commission est
saisie pour donner un avis sur des aspects constitutionnels de la législation
relative aux tribunaux. Elle coopère fréquemment dans ce domaine avec d’autres
services du Conseil de l’Europe, afin de compléter par d’autres aspects le
point de vue du droit constitutionnel. Le rapport de la Commission sur les nominations judiciaires (CDL-AD(2007)028) constitue un texte de référence
qu’elle utilise dans ses avis sur des pays spécifiques.
La Commission coopère aussi avec les médiateurs, à travers
des avis sur la législation régissant leur travail et en leur proposant des
avis dits amicus ombud sur tout autre sujet. À l’instar des avis amicus
curiae, ces documents exposent des éléments de droit comparé et de
droit international, mais ils ne se prononcent pas sur l’éventuelle
inconstitutionnalité d’un texte, décision réservée à la cour constitutionnelle.
Afin de faire progresser la protection des droits de l’homme dans les pays
membres, la Commission encourage les relations entre médiateurs et cours
constitutionnelles.
Des élections et référendums conformes aux normes
internationales sont de la plus haute importance pour toute société
démocratique. Aussi s’agit-il du troisième et dernier grand domaine d’activité
de la Commission. Depuis sa création, si l’on excepte les opérations
d’observation d’élections, la Commission de Venise est l’organisme du Conseil
de l’Europe le plus actif en matière électorale. En 2002, le Conseil des
élections démocratiques a été créé, à la demande de l’Assemblée parlementaire.
Il s’agit d’un organe subordonné à la Commission de Venise composé de membres de la Commission, de l’Assemblée parlementaire et du Congrès des pouvoirs
locaux et régionaux. Le Conseil des élections démocratiques comprend également
un membre observateur de l’OSCE/BIDDH.
Le Conseil des élections démocratiques et la Commission de Venise ont fortement contribué à la définition de normes européennes en matière
électorale par l’adoption de nombreux documents à caractère général, dont les
plus importants sont le Code de bonne conduite en matière électorale (2002)[4], document de référence
du Conseil de l’Europe dans ce domaine, et le Code de bonne conduite en matière référendaire (2007). Les autres documents de
nature générale portent par exemple sur le droit électoral et les minorités
nationales ou sur les restrictions au droit de vote.
La Commission a rédigé plus de cinquante avis sur le droit et les
pratiques des États concernant les élections, les référendums et les partis
politiques, qui ont eu un impact important sur la législation électorale des
États intéressés. Parmi les pays qui coopèrent régulièrement avec la Commission dans le domaine électoral, on peut citer l’Albanie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldova et l’Ukraine. La Commission a même joué un rôle dans la rédaction de lois
électorales, en particulier en Bosnie-Herzégovine.
Le Conseil des élections démocratiques a développé une
coopération régulière avec les administrations électorales d’Europe et d’autres
continents. Il organise chaque année une Conférence européenne des
administrations électorales ; il est en outre en relation étroite avec les
autres organisations ou entités internationales actives dans le domaine des
élections, telles que l’ACEEEO (Association des administrateurs d’élections de
l’Europe centrale et orientale), l’IFES (Fondation internationale pour les
systèmes électoraux) et surtout l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe). C’est ainsi qu’en principe, les avis en matière électorale sont
rédigés conjointement avec l’OSCE/BIDDH, avec lequel la Commission entretient une coopération exemplaire.
La Commission organise aussi des séminaires, sur des thèmes tels
que les conditions préalables à un scrutin démocratique ou l’annulation des
résultats des élections, ainsi que des ateliers de formation à l’attention des
acteurs électoraux.
Le Conseil des élections démocratiques a créé la base de
données VOTA[5],
qui réunit entre autres les législations électorales des États membres.
Les activités de la Commission de Venise et du Conseil des élections démocratiques portent également sur les partis politiques, sans
lesquels on ne peut imaginer d’élections conformes au patrimoine électoral
européen. Dans ce domaine également, la Commission a défini des normes, notamment concernant le financement, l’interdiction et la dissolution des partis
politiques, et rend des avis sur les législations nationales. La Commission a adopté en 2008 un Code de bonne conduite en matière de partis politiques.
2. la commission en 2008
Adhésion de nouveaux États membres
L’élargissement de la composition de la Commission s’est poursuivi en 2008. Le Comité des Ministres a invité Israël et la Tunisie à devenir membres de la Commission et a octroyé un statut de coopération spéciale à
l’Autorité nationale palestinienne. Cela montre que les États non européens
s’intéressent de plus en plus à la Commission, qui devrait encore enregistrer
de nouvelles adhésions.
Principales activités
Malgré des ressources limitées et un budget en stagnation, la Commission a continué, en 2008, de mener de nombreuses activités. Les plus importantes
d’entre elles sont présentées ci-dessous.
Assistance constitutionnelle
Réforme constitutionnelle
La Commission a été étroitement associée aux travaux de révision
de la Constitution ukrainienne ; elle a adopté un avis sur le projet de
nouvelle constitution de ce pays. Des avis ont également été adoptés sur les
constitutions bulgare et finlandaise, sur les amendements constitutionnels en
Albanie et sur des propositions d’amendements constitutionnels en Republika
Srpska (Bosnie-Herzégovine).
Organisation territoriale et
règlement des conflits
La Commission est restée en contact étroit avec l’Union européenne
concernant les aspects juridiques du statut de la Transnistrie et a transmis des observations informelles aux autorités moldaves sur leur
proposition de règlement du conflit.
Fonctionnement des institutions démocratiques
L’équilibre des pouvoirs entre les principaux organes de
l’État a été le thème central de l’avis de la Commission sur le projet de Constitution ukrainienne. La Commission a adopté des rapports sur le contrôle démocratique des forces armées et sur
l’initiative législative.
Respect des droits de l’homme et de l’État de droit
La Commission a adopté un rapport sur les relations entre liberté
d’expression et liberté de religion. Étroitement associée aux efforts visant à
garantir la conformité de la loi arménienne sur les rassemblements publics avec
les normes européennes, elle a adopté des avis sur plusieurs versions de cette
loi et sur les dispositions connexes du Code pénal. La Commission a adopté des avis sur la loi moldave relative au secret d’État, sur la loi de
lutte contre la discrimination de « l’ex-République yougoslave de
Macédoine » et sur les lois kirghizes relatives à la liberté de réunion et
de religion.
Justice constitutionnelle et ordinaire, médiateurs
Renforcement de la justice constitutionnelle
Le Conseil mixte de justice constitutionnelle de la Commission a continué de soutenir les cours constitutionnelles et les juridictions
équivalentes par le biais du Centre de justice constitutionnelle, qui publie le
Bulletin de jurisprudence constitutionnelle (cinq parutions en 2008) et
la base de données CODICES (site Internet et édition de trois CD-ROM en 2008).
Le Forum de la Commission de Venise a traité trente-sept demandes déposées de
cours participantes. En juin 2008, la Conférence des cours constitutionnelles européennes a reconnu dans une résolution spéciale le caractère précieux de ce type
d’assistance.
La Commission a adopté des avis sur les lois relatives aux cours
constitutionnelles du Kirghizistan et du Monténégro. Elle a adopté deux avis amicus
curiae pour la Cour européenne des droits de l’homme (portant sur la Bosnie-Herzégovine et sur le Monténégro et la Serbie).
En 2008, des conférences et séminaires sur la justice
constitutionnelle ont eu lieu en Albanie, en Algérie, en Arménie, avec
l’Autorité nationale palestinienne, en Azerbaïdjan, en Géorgie, au Kazakhstan,
au Kirghizistan, au Monténégro, au Portugal, en Russie, en Slovaquie et en
Ukraine.
Justice ordinaire
La nécessité de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire
et le fonctionnement du système judiciaire dans l’intérêt de la société occupe
une place de plus en plus grande dans les activités de la Commission. Ce thème a été au cœur des avis de la Commission sur les constitutions bulgare et ukrainienne. Le Kirghizistan, la Moldova, le Monténégro et la Serbie ont reçu des avis de la Commission concernant des textes législatifs. À la demande de
l’Assemblée parlementaire, la Commission de Venise a préparé un rapport sur
l’indépendance de la justice, pour adoption début 2009.
Médiateurs
La Commission a continué de fournir aux médiateurs, à leur
demande, des avis sur des questions portant sur d’autres points que le statut
du médiateur ou de la médiatrice concerné(e) (avis amicus ombud pour
l’Arménie).
Les travaux menés par la Commission de Venise avec les
médiateurs visent en priorité à soutenir la coopération entre médiateurs et
cours constitutionnelles.
Au-delà de l’Europe
Outre son étroite coopération avec les cours
constitutionnelles européennes et les juridictions équivalentes, la Commission a intensifié son approche régionale dans le domaine de la justice
constitutionnelle en coopérant avec des associations de cours et conseils
constitutionnels et suprêmes en-dehors de l’Europe, en particulier en vue de
l’organisation de la Conférence mondiale sur la justice constitutionnelle en
janvier 2009. En 2008, cette manifestation majeure a fait l’objet de trois
réunions préparatoires avec les groupes régionaux, à Vilnius, à Séoul et à
Alger. Ces réunions ont montré le vif intérêt suscité par la conférence et ont
permis de l’orienter en fonction des besoins des groupes concernés.
La Commission a mis sur pied des programmes de coopération
bilatéraux avec la Conférence ibéro-américaine de justice constitutionnelle et l’Union des cours et des conseils constitutionnels arabes. Elle a invité les juridictions membres de ces organisations à contribuer à la base de données CODICES et à échanger des informations à travers le Forum de Venise. Dans le cadre de la coopération avec l’Union des cours et des conseils constitutionnels arabes, avec le soutien du gouvernement norvégien, la Commission a organisé des conférences à Alger et à
Ramallah et a participé à une conférence multilatérale à Sanaa (Yémen).
Questions électorales
Législation et pratique électorales
La Commission a adopté, le plus souvent avec le Bureau pour les
institutions démocratiques et les droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE, des avis
et recommandations concernant des législations ou projets de législation en
matière électorale ou référendaire en Arménie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine,
« l’ex-République yougoslave de Macédoine », Géorgie, Moldova et
Ukraine.
La Commission a également adopté plusieurs textes définissant le
patrimoine électoral européen, dont des rapports sur le double vote des
personnes appartenant à des minorités nationales et sur les quorums et autres
aspects des systèmes électoraux restreignant l’accès au Parlement.
Par ailleurs, la Commission de Venise a organisé la cinquième Conférence européenne des administrations électorales, en Belgique, et un
séminaire UniDem sur l’annulation des résultats d’élections, à Malte, destiné
aux membres de cours suprêmes et constitutionnelles en charge des litiges
électoraux. Elle a également organisé des ateliers sur l’organisation et la
supervision des élections en Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldova et
« l’ex-République yougoslave de Macédoine », ainsi que des séminaires
consacrés aux élections ou aux partis politiques au Kazakhstan, en Russie et en
Ukraine.
La Commission a fourni une assistance juridique à plusieurs
missions d’observation d’élections de l’Assemblée parlementaire. Elle a fourni
une assistance électorale à l’Azerbaïdjan et à la Géorgie en mettant des experts à la disposition des commissions électorales centrales de ces
pays.
Partis politiques
La Commission a adopté un Code de bonne conduite en matière de
partis politiques, ainsi que des avis relatifs aux lois sur les partis
politiques de Bosnie-Herzégovine et de Bulgarie.
II. DÉVELOPPEMENT
DÉMOCRATIQUE DES INSTITUTIONS PUBLIQUES ET RESPECT DES DROITS DE L’HOMME[6]
1. activités
par pays
- Albanie
Amendements à la Constitution
Le président de la Commission de
suivi de l’Assemblée parlementaire, M. Holovaty a demandé à la Commission de Venise par une lettre datée du 4 juillet 2008, d’examiner les amendements à la Constitution albanaise adoptés le 21 avril 2008. La Commission de Venise a adopté son avis (CDL-AD(2008)033) lors de sa 77e session plénière, les 12 et 13 décembre, sur la
base des observations de MM. Bartole, Jowell et Kask et à la suite d’un premier
débat tenu lors de la 76e session plénière en présence de M. Rusmajli,
président de la commission des affaires juridiques de l’Assemblée de la République albanaise.
La Commission note que les
modifications apportées à la Constitution sont généralement conformes aux
normes européennes. La majorité des amendements peuvent être considérés comme
des améliorations et des éclaircissements apportés au texte existant. Ceci ne
s’applique cependant pas aux amendements à l’article 104 sur le vote de
confiance et à l’article 149 sur le Procureur général. Ce dernier amendement,
qui limite la durée du mandat du Procureur général à cinq ans reconductibles,
apparaît en effet comme un recul regrettable, qui rend cette institution moins
indépendante.
Les amendements aux dispositions
électorales de la Constitution semblent pour la plupart positifs. La Constitution contiendra dorénavant des dispositions moins détaillées sur les règles électorales.
Ceci est à saluer, à condition que les règles législatives adoptées soient
conformes aux normes européennes. Il sera en particulier essentiel d’assurer
dans la législation électorale que les élections continuent d’être organisées
par un organe indépendant et impartial. Le nouveau système électoral, qui
repose sur un scrutin à base de proportionnelle dans les régions, suit le
modèle d'autres pays européens. Il semble s'agir d'un modèle positif,
établissant un équilibre entre le besoin de proximité entre les électeurs et
leurs élus et le besoin de représentativité du système, à condition que les
circonscriptions électorales ne soient pas trop petites. Pour toutes ces
raisons, la façon dont les amendements constitutionnels seront traduits dans la
législation électorale est particulièrement importante. La Commission de Venise se tient prête à évaluer la législation électorale révisée.
- Arménie
Rassemblements
En 2005, la Commission de Venise a aidé les autorités arméniennes à préparer une loi relative à la tenue
de réunions (« loi sur les rassemblements ») conforme aux normes
européennes. En février et mars 2008 cependant, après les nouvelles élections
présidentielles, des manifestations de l’opposition à Erevan ont donné lieu à
une escalade de violence qui s’est soldée par la mort de dix personnes. L’état
d’urgence a été déclaré en Arménie et peu avant qu’il n’y soit mis fin, la loi
sur les rassemblements a été modifiée d’une manière qui revenait en pratique à
prolonger l’état d’urgence.
La Commission de Venise et le BIDDH ont établi une évaluation de
ces amendements et conclu qu’ils représentaient une restriction excessive à la
liberté de réunion. Une disposition, en particulier, autorise les autorités à
suspendre le droit de se rassembler lorsqu’une manifestation a dégénéré en
violences jusqu’à ce que les personnes responsables soient identifiées et
jugées. Cette disposition, qui exempte les autorités de la nécessité de
procéder à une analyse de chaque manifestation, est contraire aux normes. De
plus, les amendements de mars semblent limiter de façon substantielle le droit
de recours dans le cas où les manifestations seraient interdites sur la base
d’informations de la police et des services secrets.
Cet avis, approuvé par la Commission (CDL-AD(2008)018), a été transmis à l’Assemblée nationale arménienne, laquelle a
invité les experts à rencontrer les autorités arméniennes à Erevan les 25 et 26
avril 2008. Lors de cette réunion, les participants se sont accordés sur
certains principes concernant les amendements nécessaires pour remettre la loi
en conformité avec les normes européennes et internationales.
Des projets d’amendements, que la Commission et le BIDDH ont jugés généralement satisfaisants, ont alors été élaborés. La
disposition prévoyant la suspension générale du droit de réunion est supprimée.
Les rassemblements spontanés sont désormais expressément autorisés sans qu’une
notification préalable ne soit nécessaire (bien que leur durée soit limitée à
six heures) ; les citoyens sont autorisés à communiquer entre eux pour
pouvoir se réunir après un événement provoquant un rassemblement spontané.
S’agissant des recours, il est désormais prévu que les informations fournies
par la police ou les services secrets soient motivées, notées par écrit et
mises à la disposition des organisateurs, qui peuvent les contester devant un
tribunal. Le délai de notification d’un événement est allongé pour passer de
trois à cinq jours, mais cela n’est pas contraire aux normes.
En conclusion, les derniers amendements,
adoptés par l’Assemblée nationale le 11 juin, ont rendu la loi arménienne sur
les rassemblements compatible avec les normes européennes et internationales.
Là encore, toutefois, cette évaluation positive reste abstraite, et le Conseil
de l’Europe devra suivre attentivement l’interprétation et la mise en œuvre de
la loi. En outre, il est essentiel que la police, les administrations et les
magistrats bénéficient de formations.
Projet d’amendements au Code pénal
Le 5 mai 2008, l’Assemblée nationale arménienne a demandé au
Conseil de l’Europe d’évaluer le projet de loi modifiant et complétant le Code
pénal arménien. La Commission de Venise et la Direction générale des affaires juridiques ont accepté de mener cette analyse à bien.
M. James Hamilton a été désigné comme rapporteur. L’avis correspondant (CDL-AD (2008)017), qui repose sur sa contribution, a
été adopté par la Commission de Venise lors de sa 75e session plénière (Venise,
13 et 14 juin 2008).
Les modifications du Code pénal arménien portent sur
l’article 225, qui crée plusieurs infractions liées aux « troubles
importants à l’ordre public », et sur l’article 301, qui érige en
infractions pénales les appels à commettre des crimes contre les bases de
l’ordre constitutionnel et contre la sécurité nationale. Ces propositions ont
pour arrière-plan les manifestations qui ont eu lieu à Erevan après les
élections présidentielles du 19 février 2008. La Commission a estimé que les amendements proposés étaient trop larges et contraires au
principe de légalité. Elle a donc recommandé de ne pas les adopter.
- Bosnie-Herzégovine
Réforme constitutionnelle
Aux yeux de la Commission, la réforme constitutionnelle dans ce pays reste une priorité. Les représentants
de la Commission de Venise ont participé à deux réunions consacrées aux
possibilités de reprise du processus de réforme constitutionnelle après les
élections municipales d’octobre 2008 : un séminaire sur les méthodes et
les possibilités de réforme constitutionnelle organisé par la fondation Konrad Adenauer
à Cadenabbia, du 13 au 16 novembre, et une table ronde sur la réforme
constitutionnelle en Bosnie-Herzégovine, organisée par le Centre international
pour la transition démocratique à Sarajevo les 1er et 2 décembre.
Loi sur les conflits d’intérêts dans les institutions
gouvernementales
Le 28 novembre 2007, le président de la Commission électorale centrale et la Mission de l’OSCE en Bosnie-Herzégovine ont sollicité
auprès de la Commission de Venise un avis d’expert sur la loi de
Bosnie-Herzégovine relative aux conflits d’intérêts dans les institutions
gouvernementales. MM. Kaarlo Tuori et Oliver Kask ont été désignés rapporteurs.
Les 24 et 25 avril 2008, M. Tuori, ainsi que Mme Granata-Menghini, se sont
rendus à Sarajevo et ont rencontré les représentants de la Commission électorale centrale de Bosnie-Herzégovine, du Groupe de travail mixte sur les
amendements à la loi sur les conflits d’intérêts, de la Mission de l’OSCE en Bosnie-Herzégovine et du Bureau du Haut-représentant.
L’avis correspondant a été adopté par la Commission lors de sa 75e session plénière, à Venise, les 13 et 14 juin 2008 (CDL-AD (2008)014).
La loi sur les conflits d’intérêts dans les institutions
gouvernementales pose un certain nombre de problèmes techniques, tels qu’un
éventail d’incompatibilités particulièrement large, l’imposition automatique
d’une sanction très sévère (quatre années d’inéligibilité) quelle que soit la
gravité de la violation, l’absence de mécanisme effectif de contrôle de la
déclaration de biens, l’absence de dispositions sur le pantouflage et des
contradictions dans la définition des « cadeaux ».
La réglementation des conflits d’intérêts en
Bosnie-Herzégovine pose également des problèmes de nature constitutionnelle,
liés à la compétence de l’État dans ce domaine au niveau des Entités. En
l’absence de transfert volontaire de compétences des Entités à l’État, ce
dernier ne peut exercer de compétence sur les élus, les cadres et les
conseillers au niveau des Entités. Les Entités devraient veiller à ce que leur
législation sur les conflits d’intérêts corresponde à la législation
équivalente au niveau de l’État et soient aussi cohérentes que possible entre
elles, s’agissant des règles de fond comme des règles de procédure. Il est dans
tous les cas essentiel que l’organe compétent pour le contrôle juridictionnel
de toute décision portant sur un conflit d’intérêts soit la Cour d’État de Bosnie-Herzégovine.
La Commission a été informée de l’intention du Parlement de
Bosnie-Herzégovine d’élaborer une nouvelle loi codifiant toutes les règles
relatives au conflit d’intérêts. La Commission a fait part de sa disposition à poursuivre son assistance aux autorités de Bosnie-Herzégovine en 2009.
Mémoire amicus curiae dans les affaires Sejdić et Finci c.
Bosnie-Herzégovine, pendantes devant la CEDH
Le 29 mai 2008, la Commission de Venise a demandé l’autorisation d'intervenir en qualité de tiers dans la
procédure engagée devant la Cour européenne des droits de l'homme dans les
affaires Sejdić c. Bosnie-Herzégovine et Finci c. Bosnie-Herzégovine. Ces
affaires sont indéniablement d’une importance majeure ; en effet, la
discrimination dénoncée par les requérants découle directement des dispositions
constitutionnelles en vigueur en Bosnie-Herzégovine, qui sont elles-mêmes le fruit
de l'Accord de paix de Dayton de 1995, lequel a mis fin à la guerre civile qui
a ensanglanté le pays. En 2006, la Cour constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine
a été invitée à déterminer si ce texte était toujours valable ; elle a
conclu que oui.
Depuis 1994, la Commission a rédigé plus d’une centaine de rapports et d’avis. Parmi ceux-ci figure un avis
de premier plan « sur la situation constitutionnelle en Bosnie-Herzégovine
et les pouvoirs du Haut-représentant ». Le chapitre V de cet avis est
presque entièrement consacré à la question de la compatibilité de la Constitution de Bosnie-Herzégovine avec la Convention européenne des droits de l'homme. Plus
récemment, la Commission a été chargée d'apprécier certains projets de
modification de la Constitution, qui n’ont pas été adoptés, mais visaient
notamment à atténuer, voire à supprimer les traitements discriminatoires qui
font à présent l'objet des requêtes devant la Cour européenne des droits de l’homme mentionnées ci-dessus.
La question centrale, dans les
affaires Sejdić et Finci c. Bosnie-Herzégovine, est de savoir si les
dispositions de la Constitution de Bosnie-Herzégovine et la réglementation
correspondante du Code électoral en vertu desquelles les personnes
n’appartenant pas à l’un des trois peuples constituants du pays ne peuvent se
présenter ni à aux élections présidentielles, ni à l’élection de la Chambre des
peuples de l’Assemblée parlementaire de Bosnie-Herzégovine, sont conformes à
l’interdiction de discrimination énoncée à l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme, en conjonction avec le droit à des élections
libres (article 3 du Protocole n° 1 à la Convention) et/ou avec l’interdiction générale de discrimination énoncée à l’article 1 du Protocole n° 12 à la Convention.
La Commission de Venise a estimé que le fait de priver les
« autres » de leur droit d'éligibilité à la Chambre des peuples et à la présidence par application des dispositions pertinentes de la Constitution et du Code électoral de Bosnie-Herzégovine était incompatible avec
l’interdiction de la discrimination énoncée à l’article 14 de la CEDH, en conjonction avec le droit à des élections libres (article 3 du Protocole n° 1 à
la CEDH) et avec l’interdiction générale de discrimination énoncée à l’article 1 du Protocole n° 12. Même si
cette exclusion avait très certainement un but légitime au moment de l’Accord
de paix de Dayton en décembre 1995, il existe de bonnes raisons de douter de sa
pertinence aujourd’hui. La Bosnie-Herzégovine n’a pas réussi à mettre en place un État démocratique à même de fonctionner et se trouve dans une impasse. Rien
n’indique que la persistance de l’exclusion des « autres » aide à
trouver une solution à la crise.
Le présent mémoire amicus curiae
a été établi à partir des observations formulées par Mme Angelika
Nussberger, M. Jean-Claude Scholsem et M. Joseph Marko ; il a été adopté par la Commission lors de sa 76e session plénière (Venise, 17-18 octobre 2008).
Projet d’amendements à la Constitution de Republika Srpska
Au cours de la visite d’une mission de suivi du Conseil de
l’Europe à Banja Luka le 23 avril 2008, le Premier ministre M. Dodik et le
Président M. Kuzmanovic ont demandé une évaluation de la Commission de Venise sur les amendements proposés à la Constitution de Republika Srpska.
MM. Jensen (Danemark) et Scholsem (Belgique) ont été
désignés comme rapporteurs ; M. Himsworth (Royaume-Uni) a formulé des
observations sur les dispositions relatives aux pouvoirs locaux, à la demande
de la Direction des institutions démocratiques de la Direction générale de la démocratie et des affaires politiques. La Commission de Venise a adopté son avis sur le projet d’amendements à la Constitution de Republika Srpska (CDL-AD (2008)016) lors de sa 75e session, à Venise, les 13
et 14 juin 2008.
Les amendements portent sur les dispositions de la Constitution de cette Entité relatives aux droits de l’homme, à l’autonomie locale et à
certains aspects institutionnels.
S’agissant des amendements portant sur les droits de
l’homme, il faut en premier lieu noter que la Constitution de Bosnie-Herzégovine, qui est particulièrement généreuse dans ce domaine car
elle prévoit entre autres que la Convention européenne des droits de l’homme
prime toute autre loi, est applicable. En 1996, sur une suggestion de la Commission de Venise, plusieurs dispositions générales ont été ajoutées à la Constitution de Republika Srpska pour assurer sa conformité avec la Constitution de l’État. Les amendements dont il est question ici visent à harmoniser en
partie les dispositions individuelles relatives aux droits de l’homme avec la Convention européenne des droits de l’homme. Cette tentative d’harmonisation partielle crée
cependant plus de problèmes qu’elle n’en résout.
Les dispositions relatives à l’autonomie locale sont généralement
positives et conformes à la Charte européenne. Les amendements institutionnels
comprennent une disposition rendant plus difficile le transfert de pouvoirs des
Entités vers l’État. Cela n’est pas souhaitable car, comme la Commission de Venise l’a déjà signalé, les responsabilités au niveau de l’État sont
insuffisantes.
- Bulgarie
Révision
de la Constitution
Par une lettre datée du 24 mai 2007, le président de la
commission de suivi de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, M. Eduard
Lintner, a demandé un avis sur la Constitution bulgare, en particulier par rapport aux modifications de février 2007. Les observations des rapporteurs, MM.
Céa Egana, van Dijk,
Hamilton et Neppi Modona, ont été successivement débattues avec les représentants
bulgares lors de la 72e session de la Commission (Venise, 19-20 octobre 2007), au cours de la visite d’une délégation de la Commission en Bulgarie en 2007 et lors de la 74e session plénière (Venise, 14-15 mars 2008). Au cours de cette dernière session,
la Commission a salué l’ouverture dont ont fait preuve les autorités bulgares
et a adopté l’avis correspondant (CDL-AD(2008)009).
Selon la Commission, les dispositions de la Constitution de la République de Bulgarie, y compris ses dernières modifications, sont généralement conformes aux normes européennes et à la
pratique constitutionnelle des autres États européens. La Constitution définit des bases saines pour le développement d’un système démocratique en
Bulgarie, ce qui a été reconnu sur le plan international par l’adhésion de la Bulgarie d’abord au Conseil de l’Europe, puis à l’Union européenne. Cependant, l’avis
souligne la nécessité d’améliorer encore le texte.
Certaines des améliorations
suggérées par la Commission portent sur le chapitre VI de la Constitution, consacré à la justice. La Commission souligne qu’onze des vingt-cinq membres du
Conseil judiciaire suprême sont élus par le Parlement à la majorité simple. Le ministre de la Justice préside les réunions du Conseil et peut formuler des propositions sur le budget et
sur la nomination, la promotion et la révocation des juges. Prises ensemble,
ces dispositions pourraient entraîner une politisation du pouvoir judiciaire.
L’avis ne critique pas les membres actuels du Conseil judiciaire suprême, mais
attire l’attention sur les garanties qui devraient être prises contre des
membres mal intentionnés. Il est de la plus haute importance que la majorité
gouvernementale n’ait pas de pouvoir sur la justice. Par ailleurs, un autre
problème se pose du fait que les trois composantes distinctes du pouvoir
judiciaire en Bulgarie, à savoir les juges, les procureurs et les magistrats
instructeurs, soient toutes représentées par un organe unique, le Conseil
judiciaire. Afin d’écarter le risque qu’une composante n’exerce une influence
sur une autre, la Commission suggère que des commissions ou chambres
spécialisées adéquates traitent des questions relatives à chacune des
composantes du pouvoir judiciaire. L’avis attire également l’attention sur la
période probatoire pour les nouveaux juges, d’une durée de cinq ans, qui
pourrait présenter de sérieuses difficultés pour l’indépendance de la justice,
ainsi que sur les pouvoirs trop étendus accordés aux inspecteurs, avec un
risque d’ingérence dans l’administration de la justice.
La réunion entre les rapporteurs et
les autorités bulgares à Sofia a permis de régler un certain nombre de
questions. Entre autres, il a été précisé que dans les dispositions prévoyant
que l’Assemblée nationale « valide » les rapports des organes
judiciaires, le terme « valider » était à comprendre comme
« prendre note ». Par ailleurs, la limitation de l’immunité des
magistrats est à saluer.
L’avis de la Commission se penche également sur les dispositions constitutionnelles en matière de droits
de l’homme. Les rapporteurs ont discuté avec les autorités bulgares de
l’utilisation du terme « citoyen » dans le texte constitutionnel. Ces
dernières ont expliqué que ce terme désignait toute personne et qu’une
restriction n’était apportée que lorsque la Constitution parlait de « citoyen bulgare ». Bien qu’il n’existe pas de danger dans
l’immédiat, l’avis recommande de modifier ces termes. Parallèlement, les
dispositions relatives à la protection des minorités s’avèrent assez
restrictives. L’article 11(4) n’autorise pas la création de partis politiques
sur des lignes ethniques. Les restrictions aux droits de l’homme autorisées par
la Constitution ne correspondent pas à celles prévues par la Convention européenne des droits de l’homme. Les autorités bulgares ont fait remarquer que
cela ne posait pas de réel problème dans la mesure où la Convention primait le droit ordinaire dans le système juridique national ; dans son
avis, la Commission n’en recommande pas moins de préciser ce point dans la
Constitution elle-même. Elle préconise également l’élection du Médiateur à la
majorité qualifiée.
- Finlande
Évaluation
de la Constitution
En 2008, la Commission de Venise a poursuivi, sur une
demande du ministère finlandais de la Justice, sa participation à l’analyse de
l’actuelle Constitution finlandaise, entamée en 2007[7].
Après une première visite d’une
délégation de la Commission en Finlande en 2007, des observations individuelles
ont été rédigées par les rapporteurs. Une deuxième visite a eu lieu le 28
janvier 2008, principalement axée sur le rôle du Premier ministre et sur les
relations européennes et internationales dans la Constitution finlandaise.
L’avis de la Commission (CDL-AD(2008)010), qui repose sur les
observations individuelles des rapporteurs, tient compte des informations
reçues sur place et de plusieurs documents fournis par les autorités
finlandaises. Il a été adopté lors de la 74e session plénière de la Commission de Venise après un
échange de vues avec Mme Tiina Astola, Secrétaire permanente, ministère de la
Justice.
L’avis traite des questions
soulevées par le ministère finlandais de la Justice, à savoir le référendum et
l’initiative populaire, l’élection du Président de la République,
l’organisation de la sphère législative et réglementaire et la conduite de la
politique étrangère et européenne (dont la place de l’Union européenne dans la
Constitution). Il aborde également d’autres thèmes évoqués à l’occasion des
visites de la délégation de la Commission de Venise en Finlande : les libertés
et droits fondamentaux, les relations internationales en général – dont le rang
des traités internationaux et du droit de l’UE – et l’administration de la
justice (constitutionnelle et ordinaire).
Dans l’ensemble, la Constitution
finlandaise est conforme aux normes européennes en matière de démocratie, de
prééminence du droit et de droits de l’homme. Bien que quelques ajustements de
la formulation de la Constitution dans le domaine des libertés et droits
fondamentaux puissent être bienvenus, l’interprétation constante des
dispositions générales en la matière et le contrôle de la constitutionnalité
sont pleinement conformes aux traités et aux standards internationaux.
Cependant, le rôle prééminent du Président de la République et du Premier
ministre, respectivement en politique étrangère et en politique européenne,
pourrait susciter des difficultés, car la séparation entre ces deux domaines
est parfois loin d’être claire. La création d’une cour constitutionnelle
spécialisée, même si elle pourrait s’avérer utile pour étendre le contrôle
juridictionnel de constitutionnalité au-delà des cas flagrants d’entorse à la
Constitution, n’est imposée par aucune norme européenne, du moment que le
système finlandais garantit la protection des droits de l’homme dans la pratique.
- Kirghizistan
Liberté de religion
À la demande du président du Parlement kirghize, le Groupe
d’experts de l’OSCE/BIDDH sur la liberté de réunion et la Commission de Venise
ont analysé le projet de loi sur la liberté de religion de la République
kirghize. Cette analyse repose largement sur les Lignes directrices sur la
liberté de religion de l’OSCE/BIDDH et de la Commission de Venise.
Dans cet avis conjoint (CDL-AD(2008)032), la Commission et
l’OSCE/BIDDH considèrent le projet de loi comme parfois excessivement détaillé
et parfois assez vague. Les exigences en matière d’inscription sont extrêmement
strictes et présentées de façon peu claire ; les conséquences de l’absence
d’inscription (l’interdiction de toute opération et de toute activité) semblent
disproportionnées. Le projet de loi n’impose pas de préciser en détail et par
écrit les motifs du refus d’inscription d’une organisation ou association
religieuse, pas plus qu’il ne prévoit explicitement la possibilité de contester
le refus devant un tribunal. En conclusion, le projet de loi ne semble pas
respecter les normes internationales pertinentes. L’État exerce une influence
excessive sur l’exercice de la liberté de religion.
- Moldova
Loi relative au secret d’État
Par une lettre datée du 5 novembre 2007, M. Esanu,
vice-ministre de la Justice de Moldova, a demandé à la Commission de Venise
d’évaluer la loi de 1994 de la République de Moldova relative au secret d’État.
L’avis de la Commission (CDL-AD(2008)008), rédigé sur la base des observations
de MM. Iain Cameron et Olivier Dutheillet de Lamothe, a été adopté par la
Commission de Venise lors de sa 74e session plénière (Venise, 14-15 mars 2008).
Comme souligné dans l’avis de la Commission, la loi sur le
secret d’État de la République de Moldova pose trois grands problèmes.
Premièrement, la loi associe une définition formelle, qui correspond à la
pratique de la majorité des États et organisations internationales, à une
définition matérielle, qui vise à couvrir tous les aspects de la notion de
secret d’État mais s’avère en définitive trop large. Cette définition contredit
également d’autres dispositions de la loi.
Deuxièmement, la loi établit une distinction entre la liste
nationale des informations classées secrètes, établie par la Commission
interservices de protection du secret d’État, et les listes détaillées établies
par des fonctionnaires désignés par les chefs des organes compétents de
l’administration publique. Ces dernières listes ne sont approuvées que par les
chefs des organes administratifs concernés et ne sont pas publiées. Cette
dichotomie entre la liste nationale, qui s’accompagne de certaines garanties,
et les listes des services administratifs, qui n’offrent pas les mêmes
garanties que la liste nationale, risque de donner lieu à un développement
massif et occulte d’informations protégées au niveau des services ministériels.
Dans le même temps, la Commission interservices risque de ne pas avoir de vue
globale de la situation et de ne pouvoir assurer un contrôle adéquat des informations
classées secrètes.
Troisièmement, dans certains cas, la loi moldave relative au
secret d’État impose des restrictions excessives à la liberté d’information, de
communication et de circulation, ainsi qu’au droit au respect de la vie privée
des fonctionnaires et des autres citoyens ayant accès aux secrets d’État.
En conclusion, la Commission estime que la loi de la
République de Moldova relative au secret d’État s’éloigne sur de nombreux
points de ce qui peut être considéré comme de bonnes pratiques dans ce domaine.
Plusieurs dispositions demandent donc à être modifiées ou précisées.
Statut de la Transnistrie
La Commission de Venise a continué à entretenir des contacts
étroits avec le représentant spécial de l’Union européenne pour la Moldova, M.
Mizsei, sur les aspects juridiques d’un éventuel règlement. Les experts de la
Commission de Venise ont transmis aux autorités moldaves des observations
informelles sur leur projet de proposition de règlement.
Double nationalité
À l’invitation du Parlement moldave, une délégation composée
de MM. Nick (Croatie), Schaerer (Suisse, expert de la DGHL) et Markert, du
Secrétariat, a participé à Chisinau, le 2 avril, à une audience de la
commission des affaires juridiques du Parlement moldave consacrée au projet de
loi sur la double nationalité. Tout en acceptant qu’il puisse être interdit aux
personnes ayant deux nationalités d’occuper certains postes particulièrement
sensibles dans le secteur public, la délégation a mis en garde contre une trop
grande étendue de cette interdiction. En particulier, il semble contestable que
les personnes ayant deux nationalités élues au Parlement se voient interdire
d’exercer leur mandat[8].
- Monténégro
Mémoire amicus curiae dans l’affaire Bijelić contre Monténégro et Serbie,
pendante devant la CEDH
En juillet 2008, la Commission de Venise
a été autorisée à intervenir en tant que tierce partie dans les procédures
devant la Cour européenne des droits de l’homme en l’affaire Nadez
Bijelić, Svetlana Bijelić et Ljiljana Bijelić contre Monténégro
et Serbie (requête n° 11890/05). L’affaire soulève
la question de savoir si la Cour peut tenir la République du Monténégro et/ou
la République de Serbie pour responsables de violations des droits des
requérantes au regard de la Convention européenne des droits de l’homme qui se
seraient produites au Monténégro entre le 3 mars 2004 et le
5 juin 2006. La Commission de Venise s’intéresse à cette affaire en
raison de ses avis antérieurs sur des questions relatives au processus par
lequel le Monténégro est parvenu à l’indépendance en juin 2006 et à la
constitution actuelle du Monténégro.
Le mémoire amicus curiae, qui ne
porte pas sur le fond de l’affaire, a été élaboré d’après les observations de
MM. Anthony Bradley et Iain Cameron et adopté par la Commission à sa 76e
session plénière (Venise, 18 et 19 octobre 2008).
Le mémoire se penche sur deux thèmes en particulier :
la succession de la Serbie et du Monténégro aux obligations conventionnelles de
l’ancienne Union d’État de Serbie-Monténégro, et la responsabilité d’un État
successeur résultant d’actes illicites commis par son prédécesseur.
S’agissant du premier point, le texte de la Commission
explique que la Serbie a succédé à l’Union d’État le 14 juin 2006, par
application d’une disposition spécifique de la Charte constitutionnelle de
l’Union d’État elle-même. Le Comité des Ministres a accepté que le Monténégro
succède aux obligations conventionnelles de l’Union d’État à compter du 14 juin
2006 pour ce qui est des conventions « ouvertes » (auxquelles les
pays non membres du Conseil de l’Europe peuvent adhérer). En mai 2007, le
Comité des Ministres a décidé que le Monténégro devait être considéré comme
Partie à la Convention européenne des droits de l’homme, qui est une convention
« fermée », avec effet rétroactif à compter du 6 juin 2006 (date à
laquelle le Monténégro a déclaré dans une lettre qu’il souhaitait succéder aux
obligations conventionnelles de l’Union d’État).
S’agissant du second point, l’avis souligne qu’il existe peu
de règles établies en matière de succession d’États, et considère que la bonne
approche en pareil cas consiste à tenir compte de tous les facteurs de chaque
affaire particulière pour déterminer dans quelle mesure il est raisonnable
d’imposer la continuité des responsabilités. De fait, la Commission du droit
international, dans ses Articles sur la responsabilité des États, énonce une
règle générale selon laquelle la responsabilité échoit à un mouvement
d’indépendance couronné de succès, à moins que l’État successeur ne montre que
cela ne serait pas raisonnable. Dans l’affaire examinée, l’inaction dénoncée
par les requérantes est attribuable à des organes qui se trouvaient sous le
contrôle total d’une entité (la République du Monténégro) qui est ensuite
devenue le gouvernement du nouvel État (le Monténégro). Il ne serait donc pas
raisonnable de tenir la Serbie pour responsable de violations des droits de
l’homme qui auraient été commises par les tribunaux de la République du
Monténégro. Cette interprétation, qui semble aller dans le sens des intentions
du Monténégro lui-même, est conforme à l’ordre public européen tel qu’il
découle de la Convention européenne des droits de l’homme. Cette conclusion
n’exclut pas la possibilité, dans d’autres circonstances, de tenir la Serbie
pour responsable d’éventuelles violations commises à l’époque des faits par les
autorités de l’Union d’État.
- Slovaquie
Projet de loi sur la presse
Sur une demande des autorités slovaques, une réunion
informelle consacrée au projet de loi sur la presse s’est déroulée le 28
février ; y participaient, d’une part les représentants de la Commission
de Venise et de la Division des médias de la Direction générale des droits de
l’homme et des affaires juridiques, et d’autre part les représentants des
autorités slovaques.
- « L’ex-République yougoslave de
Macédoine »
Loi portant interdiction de la discrimination
Lors de sa 77e session plénière, la Commission a adopté un
avis consacré au projet de loi sur la protection contre la discrimination de
« l’ex-République yougoslave de Macédoine » (CDL-AD(2008) 042).
Dans cet avis, établi à la demande de l’ancien ministre du
Travail et de la Politique sociale de « l’ex-République yougoslave de
Macédoine », la Commission précise que le projet de loi portant
interdiction de la discrimination a été évalué à la lumière des normes
européennes applicables, à savoir en particulier la CEDH et, s’agissant des
normes non contraignantes, les recommandations de la Commission européenne
contre le racisme et l’intolérance (ECRI).
Il n’existe pas de loi générale interdisant la
discrimination dans « l’ex-République yougoslave de
Macédoine » ; le projet de loi en question est donc à saluer,
puisqu’il améliorera la protection légale du principe d’égalité de traitement.
La loi est toutefois trop abstraite, si bien qu’elle n’offre pas la cohérence
nécessaire et s’avère inapplicable dans la pratique. Il conviendrait qu’elle
s’accompagne d’un exposé des motifs ou d’un autre texte faisant autorité.
S’agissant de la mise en œuvre de la loi, la Commission de
Venise souscrit à la recommandation de l’ECRI selon laquelle la supervision de
la législation anti-discrimination devrait être confiée à un organe spécialisé.
Cependant, compte tenu en particulier des préoccupations exprimées par le
Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe quant à l’excessive
complexité du système juridique du pays, la Commission de Venise juge
acceptable, à titre temporaire, de confier le contrôle de la mise en œuvre de
la loi au médiateur, à condition toutefois que l’institution du médiateur soit
renforcée et dotée des compétences et des ressources humaines et budgétaires
nécessaires.
- Ukraine
Réforme constitutionnelle
Pendant toute l’année, la Commission a activement participé
aux efforts visant à aboutir à une réforme constitutionnelle en Ukraine. Le 17
janvier, une délégation de la Commission, à laquelle se sont joints des membres
de l’Assemblée parlementaire, a discuté des perspectives de réforme
constitutionnelle avec des représentants des forces politiques ukrainiennes et
du Secrétariat présidentiel. Le même jour, le président de la Commission, M.
Helgesen, a rencontré le président de la Verkhovna rada, M. Iatseniouk.
Des représentants de la Commission ont présenté des exposés
sur la réforme constitutionnelle à l’occasion de plusieurs réunions : la
conférence de Wilton Park sur le thème « Ukraine : construire un
avenir stable » du 21 au 24 février, la conférence internationale
« Réforme constitutionnelle et renforcement de la démocratie : rôle
de la société civile, du pouvoir et de l’opposition » organisée à Kiev le
5 mars, et la première session de 2008 de l’École d’études politiques d’Ukraine
à Kiev, le 10 avril.
Le 16 mai, des délégations de la Commission ont procédé à
des échanges de vues avec les représentants du gouvernement et du Secrétariat
présidentiel sur les propositions de réforme constitutionnelle. Le 30 mai, une
délégation de la Commission a rencontré le groupe de travail du Conseil
constitutionnel national établi par le Président Louchtchenko pour étudier le
projet de document d’orientation élaboré par ce Conseil.
À la suite d’une demande de la
commission de suivi de l’Assemblée parlementaire, la Commission de Venise a
adopté, lors de sa 75e session plénière tenue à Venise les 13 et 14 juin, un
avis (CDL-AD(2008)015) sur le projet de Constitution ukrainienne préparé par un
groupe d’universitaires dirigé par le professeur Shapoval, sur la base des
observations de M. Bartole, Mme Nussberger, M. Paczolay, Mme Suchocka et
M. Tuori.
La Commission relève que le projet
étudié propose une Constitution entièrement nouvelle, mais qui repose
clairement sur le texte de la Constitution actuelle et évite de s’éloigner
radicalement des solutions existantes. Dans ces circonstances, il est difficile
de comprendre pourquoi le choix s’est porté sur l’adoption d’une nouvelle
Constitution. Procéder par amendements à la Constitution existante aurait
l’avantage d’offrir une continuité symbolique et de renforcer la stabilité
constitutionnelle. Cela écarterait également toute spéculation selon laquelle
l’adoption d’une nouvelle Constitution pourrait être un moyen de passer outre
aux règles de réforme constitutionnelle prévues par la Constitution actuelle,
et en particulier de contourner la Verkhovna Rada, qui doit approuver tout
amendement constitutionnel à la majorité des deux-tiers.
Une approche fondée sur des
amendements, et non sur une nouvelle Constitution, permettrait également de se
concentrer clairement sur les questions les plus urgentes. La répartition peu
claire et le recoupement des pouvoirs entre le Président et le Cabinet des
ministres, dus en partie, mais non exclusivement, aux amendements
constitutionnels de décembre 2004, constituent une source majeure de tensions et
d’instabilité. Le problème du double pouvoir exécutif devrait donc être traité
en priorité. D’autres réformes importantes telles que la réforme judiciaire
pourraient être traitées séparément.
S’agissant du fond, la Commission
considère la plupart des modifications apportées comme des améliorations. C’est
en particulier le cas pour le chapitre consacré aux tribunaux et à la justice,
y compris la procurature. En revanche, l’avis se montre critique sur le
chapitre consacré à l’organisation territoriale des pouvoirs, qui aurait pour
conséquence de réduire les compétences des collectivités locales et l’autonomie
de la Crimée.
Sur la question essentielle de
l’équilibre des pouvoirs entre les organes de l’État, le projet prévoit des
ajustements, mais aucun changement majeur. Dans l’ensemble, l’actuel système
« parlementaire-présidentiel » est maintenu. Bien que cette approche
semble raisonnable sur le principe, elle ne réussira très probablement pas à
résoudre les tensions actuelles entre les organes de l’État et pourrait
s’avérer non viable, en particulier dans les périodes de cohabitation. La
Commission recommande donc d’examiner, en vue de les insérer dans la
Constitution, des moyens d’assurer la coopération et la coordination entre le
Président et le Cabinet des ministres : par exemple, associer les
décisions présidentielles à des propositions du Cabinet des ministres, faire
contresigner les actes présidentiels par le Premier ministre ou le ministre
compétent et/ou prévoir que les décisions présidentielles soient prises en
présence du Cabinet des ministres.
2. Activités
transnationales
Rapport sur le contrôle démocratique des forces armées
L’Assemblée parlementaire du Conseil
de l’Europe (APCE), préoccupée par le contrôle démocratique du secteur de la
sécurité en général, a recommandé en 2005 que le Comité des Ministres prépare
des lignes directrices énonçant les règles politiques, les normes et les
orientations pratiques dans ce domaine. Le 7 juillet 2006, le Comité des
Ministres a demandé à la Commission de Venise de réaliser une étude de la
législation et de la pratique en matière de contrôle démocratique de la
sécurité nationale dans les États membres du Conseil de l’Europe.
Un groupe de travail a été créé au
sein de la Commission de Venise. En coopération avec le Centre pour le contrôle
démocratique des forces armées (DCAF), Genève, et avec le Centre d’études
politiques et constitutionnelles (CEPC), Madrid, il a cherché à décrire d’une
part le besoin de sécurité de toute société, sécurité à laquelle les forces armées sont
chargées de veiller, et d’autre part la nécessité de respecter les valeurs
démocratiques, les droits de l'homme et les libertés fondamentales. L’histoire,
ancienne ou récente, des pays européens – entre autres – montre que le pouvoir
militaire peut influer sur la démocratie et ses valeurs. Les intérêts des
militaires doivent donc être subordonnés aux intérêts des sociétés
démocratiques. Le rapport élaboré par le groupe de travail (CDL-AD(2008)004) a été examiné par la
sous-commission des institutions démocratiques et adopté par la Commission de
Venise lors de sa 74e session plénière (Venise, 14-15 mars 2008).
L’étude porte sur des questions
« traditionnelles » liées aux forces armées, comme les dépenses
militaires, le budget de la défense et la nomination des chefs militaires, mais
aussi sur des questions qui concernent le nouveau rôle des forces armées. Le
contrôle démocratique des forces armées suppose principalement l’existence d’un
organe élu démocratiquement qui examine et supervise les décisions adoptées par
les organes ou autorités dotés d’une compétence militaire. Le rôle du
parlement, en tant qu’organe élu, est donc d’une importance fondamentale dans
la notion de contrôle démocratique des forces armées. Aux côtés des médiateurs et
des cours des comptes, l’appareil judiciaire joue un rôle important dans le
contrôle des forces armées, par le biais des cours constitutionnelles –
gardiennes de l’État de droit et des procédures démocratiques – et des
tribunaux militaires.
Au niveau international, le contrôle
des forces armées peut être effectué par divers organes, notamment les
organisations internationales dont font partie les États membres du Conseil de
l’Europe et/ou les tribunaux internationaux. L’utilisation internationale de la
force doit avant tout être légitime. Les États peuvent assurer leur défense de
manière individuelle ou collective, mais leurs actes ne sont légitimes que
s’ils sont conformes aux conditions strictes imposées par le droit
international. Il existe différents types d’organisations internationales dont
la mission est de préserver la défense collective, la sécurité et la paix au
plan international et d’y contribuer. Ces organisations internationales ont une
caractéristique commune : elles sont dotées d’un organe parlementaire dont
l’existence a ouvert la voie à un contrôle des décisions adoptées au niveau de
leur exécutif. Ces organisations ont fixé et élaboré d’importantes normes
internationales concernant le contrôle démocratique des activités militaires.
Enfin, les tribunaux internationaux jouent également un rôle important dans le
contrôle des forces démocratiques.
Blasphème
Un rapport intitulé « Relations entre liberté
d’expression et liberté de religion : réglementation et répression du
blasphème, de l’injure à caractère religieux et de l’incitation à la haine
religieuse », adopté par la Commission lors de sa 76e session plénière, a
été rédigé à la demande de l’Assemblée parlementaire. Un rapport préliminaire
avait été adopté en mars 2007. Une table ronde internationale sur « l’art
et les croyances sacrées : de la collision à la coexistence » a été
organisée par la Commission en janvier 2008 à Athènes, en coopération avec la
Ligue hellénique des droits de l’homme.
Il s’agit d’un rapport pionnier, qui ne prétend donc pas
apporter toutes les réponses aux questions difficiles que soulève
l’intersection entre liberté d’expression et liberté de religion.
Aux yeux de la Commission, l’incitation à la haine doit
relever du droit pénal et être poursuivie, comme c’est en fait le cas dans
presque tous les États membres du Conseil de l’Europe ; il est essentiel,
cependant, que les dispositions contre l’incitation à la haine soient
appliquées sans discrimination et que les divers groupes concernés ne fassent
pas l’objet d’une différence de traitement injustifiée.
L’insulte motivée par l’appartenance à une religion devrait
être traitée comme une « injure » et sanctionnée en tant que telle.
En revanche, l’insulte au sentiment religieux est à distinguer du
premier type d’insulte et ne devrait pas être sanctionnée. Le blasphème ne
devrait pas constituer une infraction pénale.
L’analyse des législations nationales européennes en la
matière montre l’existence de sanctions contre l’incitation à la haine dans la
quasi-totalité des pays européens, une nette tendance à ne pas sanctionner le
blasphème et une tendance à ne pas ériger l’insulte religieuse en
infraction pénale. La Commission estime que cette approche est celle qui
convient pour l’avenir.
Le rapport souligne que les sociétés
démocratiques ne doivent pas être prises en otage par les sensibilités
excessives de certains individus : il doit en effet être possible de critiquer
les idées religieuses même lorsque ces critiques peuvent être perçues par
certains comme heurtant leur sentiment religieux. Par ailleurs, l’autocensure
ne devrait pas procéder d’une crainte de réactions violentes. C’est plutôt une
dose raisonnable d’autodiscipline qui devrait être appliquée, si l’on souhaite
remplacer les dialogues de sourds par des débats constructifs.
En conclusion, le rapport appelle de ses vœux une nouvelle
éthique de relations interculturelles responsables, en Europe et dans le monde.
Statut de Rome
Un nouveau rapport est venu compléter le premier rapport de
la Commission de Venise sur les questions constitutionnelles soulevées par la
ratification du Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale, paru
en 2001, alors que presque aucun pays n’avait encore ratifié le Statut. Il a
été adopté par la Commission lors de sa 76e session plénière.
Ce second rapport, qui étudie la jurisprudence
constitutionnelle européenne depuis 2001, confirme que plusieurs États ont
effectivement été confrontés aux problèmes anticipés dès 2001 par la Commission
(levée de l’immunité des chefs d’État et de gouvernement, remise de
ressortissants nationaux à la CPI, coopération avec le Procureur de la CPI,
exercice du droit de grâce, imposition de peines d’emprisonnement à
perpétuité). Certains de ces États ont adopté les solutions préconisées dans le
rapport de 2001, notamment, s’agissant de l’immunité, une responsabilité à deux
niveaux établissant une distinction entre le niveau national et le niveau
international. La pratique montre que plusieurs des États qui n’ont pas pu
donner au Statut une interprétation compatible avec leur Constitution, et
doivent par conséquent modifier cette dernière, n’ont pas encore ratifié le
Statut.
Initiative législative
Élaboré à la demande de l’ancien ministre géorgien de la
Justice, ce rapport a été adopté par la Commission à sa 77e session plénière.
Le rapport, descriptif et comparatif, s’intéresse aux
détenteurs du droit de proposer des législations et aux modalités d’exercice de
ce droit. Il comprend également une part d’analyse des caractéristiques récurrentes
et des tendances récentes dans ce domaine.
Le rapport montre que le droit d’initiative législative est
lié au principe de la séparation des pouvoirs. Bien que le Parlement soit le
principal détenteur de ce droit, l’exécutif en jouit également dans plusieurs
pays. Le rapport traite en particulier du cas où le gouvernement et le
président sont tous deux dotés du droit d’initiative législative. Un tel cas,
plus fréquent dans les systèmes présidentiels, n’est approprié que dans les
systèmes où le président n’est pas envisagé comme une institution neutre et
au-dessus des partis. Enfin, il est rare que le droit d’initiative législative
soit accordé au pouvoir judiciaire, ce que la Commission de Venise approuve.
3. Campus
UniDem – Formation juridique des fonctionnaires
Pour la septième année consécutive, le programme Campus
UniDem a dispensé une formation à des fonctionnaires de seize pays (Albanie,
Arménie, Azerbaïdjan, Bélarus, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie,
« l’ex-République yougoslave de Macédoine », Fédération de Russie,
Géorgie, Moldova, Monténégro, Roumanie, Slovénie, Serbie et Ukraine) sur
l’efficacité de l’administration, la bonne gouvernance, la démocratisation et
les droits de l’homme.
Les trois séminaires organisés en 2008 ont porté sur les
thèmes suivants : « Mise en œuvre de la jurisprudence de la Cour
européenne des droits de l’homme dans les États membres du Conseil de
l’Europe : impact sur les réformes structurelles et juridiques. L’exemple
des recours contre la durée excessive des procédures », « Modèles de
développement régional » et « Efficacité et européanisation de
l’administration publique ».
L’objectif de ce programme est de « former des
formateurs » : chaque participant, à l’issue du séminaire, a pour
mission de former ses propres collègues en diffusant les informations et les
supports acquis au cours du séminaire. Un atelier pratique spécifique est
organisé pour aider les participants à jouer leur rôle de formateurs.
En 2008, cet aspect de « formation de formateurs »
a été renforcé : le nombre d’inscriptions acceptées a diminué par rapport
aux années précédentes (environ soixante participants), mais ces participants
ont à leur tour formé près de 1 300 fonctionnaires à travers des
séminaires, des tables rondes et des débats organisés au sein des
administrations nationales concernées.
III. JUSTICE
CONSTITUTIONNELLE, JUSTICE ORDINAIRE ET MÉDIATEURS[9]
1. activités par
pays
- Albanie
Conseil
mixte de justice constitutionnelle
La Cour constitutionnelle albanaise a invité la Commission
de Venise à tenir la septième réunion de son Conseil mixte de justice
constitutionnelle à Tirana (26-27 juin 2008). En ouvrant la réunion, le
président de la Cour constitutionnelle a souligné l’étroite coopération engagée
entre la Cour constitutionnelle albanaise et la Commission de Venise. Cette
coopération passe non seulement par des contributions régulières au Bulletin
de jurisprudence constitutionnelle et à la base de données CODICES de
la Commission, mais aussi par une active participation au Forum de Venise (voir
plus loin) et par des demandes de mémoires amicus curiae.
Dans le cadre de cette réunion, le Conseil mixte de justice
constitutionnelle a également organisé une mini-conférence sur le thème des
droits sociaux.
Les agents de liaison de vingt-sept cours constitutionnelles
et organes équivalents ont discuté de divers aspects des droits sociaux
appliqués à la justice constitutionnelle.
Une distinction a été établie entre les constitutions plus
récentes, en particulier celles des nouvelles démocraties, qui citent souvent
explicitement les droits sociaux, et les constitutions plus anciennes, dont
certaines ne contiennent aucune liste de droits sociaux. Ces droits ont
toutefois été identifiés par les tribunaux, parfois en lien avec d’autres
droits comme le droit à l’égalité. Bien que l’existence des droits sociaux
puisse être ainsi affirmée par les tribunaux, ces derniers ne sont souvent pas
en mesure de fixer un niveau spécifique de versement de prestations sociales,
puisque cela relève du gouvernement ou de la législature. Quelques exemples
extrêmes montrent comment ces pouvoirs ont pu tenter de mettre en œuvre les
droits sociaux en les traitant comme directement opposables à l’État.
Il a été souligné que les droits civils et politiques
exigeaient habituellement une attitude de retenue ou de non-ingérence de la
part de l’État, alors que la plupart des droits sociaux requéraient au
contraire son intervention (réglementation ou paiements). Par conséquent, la
mise en œuvre de ces droits dépend de la capacité financière de l’État,
elle-même liée à la prospérité de la société en général. Paradoxalement, cette
prospérité peut être mise à mal par la fiscalité, pourtant nécessaire pour
lever des fonds permettant de mettre en œuvre les droits sociaux.
Plusieurs participants ont insisté sur le fait que le niveau
des prestations sociales variait forcément d’un pays à l’autre et qu’aucune
norme générale ne pouvait être appliquée dans ce domaine.
Cependant, les exemples tirés de la jurisprudence de
différents tribunaux montrent que les droits sociaux ne sont pas de simples
déclarations d’intention, puisque leur application peut être garantie en
justice (on parle d’« opposabilité des droits sociaux »). Le recours
au principe de proportionnalité est considéré comme un moyen permettant aux
tribunaux d’appliquer des normes juridiques strictes même dans un domaine
complexe comme celui des droits sociaux.
- Algérie
Colloque sur
« l’interprétation constitutionnelle »
La Commission de Venise a organisé un colloque sur « l’interprétation
constitutionnelle » (Alger, 30-31 octobre 2008), en coopération avec
le Conseil constitutionnel algérien. L’objectif du colloque était de débattre
et d’échanger des informations sur les méthodes employées par les cours et
conseils constitutionnels pour interpréter non seulement la constitution
elle-même, mais aussi les autres lois et projets de lois qui leur sont soumis
pour examen.
Les participants, venus d’Afrique du Sud, d’Algérie,
d’Arménie, du Burkina Faso, d’Italie, de Libye, du Mexique, de Roumanie et de
Tunisie, ont évoqué plusieurs techniques d’interprétation – littérale,
historique, systématique ou encore téléologique –, qui peuvent être utilisée
isolément ou ensemble, et expliqué en quoi une technique pouvait s’avérer plus
appropriée que d’autres dans un cas donné. Outre ces méthodes liées au texte,
les magistrats constitutionnels peuvent également se fonder sur le résultat de
l’examen de l’espèce en déterminant si l’interprétation s’avère conforme à la
constitution, qui doit être appliquée par tous les organes publics (on parle de
« réserve d’interprétation », ou d’« interprétation
conforme » ou « neutralisante »). D’autres concepts pertinents
ont également été abordés, tels que le concept italien de diritto vivente (« droit
vivant »).
Parallèlement au colloque, la Commission de Venise a tenu
une réunion de préparation de la Conférence mondiale sur la justice
constitutionnelle (Le Cap, 23-24 janvier 2009) ; voir plus loin,
« Questions transnationales ».
- Arménie
Projet d’amendement de l’article
23(5) de la loi relative au défenseur des droits de l’homme
En juillet 2008, le Défenseur des
droits de l’homme de la République d’Arménie, M. Harutyunyan, a demandé à
la Commission de Venise de rédiger un avis sur le projet d’amendement de
l’article 23(5) de la loi relative au Défenseur des droits de l’homme. La
Commission de Venise a adopté un avis sur cette question (CDL-AD(2008)028) lors
de sa 76e session plénière (17-18 octobre 2008).
En 2006, dans un avis précédent
concernant la loi arménienne sur le Défenseur des droits de l’homme, la
Commission de Venise avait considéré comme positive l’extension de l’immunité
au personnel du bureau du Défenseur des droits de l’homme. L’immunité du bureau
du Défenseur des droits de l’homme (médiateur), y compris celle de son
personnel, est l’une
des garanties essentielles de l’indépendance de cette institution, puisqu’elle
lui donne la capacité de mener à bien sa mission spécifique dans une société
démocratique régie par la prééminence du droit. Cette mission consistant à
mener des enquêtes qui débouchent souvent sur de vives critiques à l’égard des
autorités, l’institution du Défenseur des droits de l’homme est
particulièrement vulnérable aux attaques motivées par des considérations
politiques et autres.
La pratique permanente observée par
le Groupe d’États contre la corruption (GRECO) lors du contrôle du respect des
Principes directeurs ainsi que ses rapports sur l’Arménie ne vont pas dans le
sens de l’amendement proposé, qui priverait le personnel du bureau du Défenseur
de son immunité fonctionnelle. Ces personnes ne font pas partie des catégories
dont le GRECO juge l’immunité problématique.
Bien qu’il soit important de lutter
contre la corruption et, par conséquent, de limiter les catégories de personnes
jouissant d’une immunité, la nécessité de garantir l’indépendance de
l’institution du Défenseur des droits de l’homme plaide largement pour le
maintien de l’immunité de son personnel.
Conférence
« Principes constitutionnels fondamentaux et pratique publique »
En coopération avec la Commission de
Venise et la Conférence des cours constitutionnelles des nouvelles démocraties
(CCCOCYD), la Cour constitutionnelle arménienne a organisé une conférence sur
le thème « Principes constitutionnels fondamentaux et pratique
publique » à l’occasion du dixième anniversaire du bulletin
international de la CCCOCYD, Constitutional Justice. La conférence,
ouverte par le Président arménien, a eu lieu à Erevan (3-5 octobre 2008).
L’objectif de cette conférence était
de débattre et d’échanger des informations sur la façon dont les valeurs
constitutionnelles fondamentales sont protégées dans différents pays et sur la
façon dont les tribunaux les mettent en œuvre (la conférence réunissait des
représentants de vingt pays / juridictions).
La conférence s’est penchée sur le
rôle de la politique et des pratiques publiques dans la garantie de la mise en
œuvre des valeurs constitutionnelles fondamentales, abordant des thèmes tels
que l’importance de la prééminence du droit, le rôle de la société civile dans
la protection de ces valeurs, les contradictions et conflits sociaux qui
peuvent apparaître et le rôle de la Cour européenne des droits de l’homme et
des cours constitutionnelles de différents pays dans la protection et le
développement de ces valeurs. C’est ainsi que les participants ont parlé entre
autres de la séparation des pouvoirs, de l’indépendance de la justice, du rôle
du parlement à l’égard de la cour constitutionnelle et des recours individuels.
Ils se sont ensuite concentrés plus particulièrement sur les droits de
propriété, sur les difficultés des cours constitutionnelles surchargées
d’affaires abstraites de révision et sur la tendance encourageant, dans
certains pays, les juridictions ordinaires à traiter elles-mêmes les questions
constitutionnelles sans se tourner automatiquement vers la cour
constitutionnelle.
- Azerbaïdjan
Conférence sur « l’exécution
des décisions des cours constitutionnelles »
À l’occasion du dixième anniversaire
de la Cour constitutionnelle d’Azerbaïdjan, la Commission a organisé une
conférence sur le thème de « l’exécution des décisions des cours
constitutionnelles », en coopération avec la Cour et avec la Société
allemande pour la coopération technique (GTZ). La conférence s’est tenue à
Bakou les 14 et 15 juillet 2008.
La conférence a porté sur les effets
des décisions des cours constitutionnelles, y compris les implications
politiques des décisions juridiques. La nécessité du respect des décisions de
justice en général, et de celles des cours constitutionnelles en particulier, a
été soulignée comme un élément fondamental de l’État de droit.
Au cours des débats, une attention
particulière a été portée à l’exécution des décisions des cours constitutionnelles
par les tribunaux ordinaires. Des tensions entre ces juridictions ont parfois
entraîné la non-exécution de décisions de cours constitutionnelles ou une mise
en œuvre « littérale » n’acceptant que le dispositif de la décision
elle-même, ses arguments constitutionnels étant ignorés dans les affaires
suivantes. La solution à de tels problèmes est à rechercher dans un dialogue
ouvert entre les juridictions, sur la base de l’interprétation de la
constitution telle que définie par la cour constitutionnelle.
- Bélarus
Conférence
sur « l’utilisation d’instruments internationaux pour protéger les
droits individuels, les libertés et les intérêts légitimes au moyen de la
législation nationale, ainsi que le droit à une défense juridique au Bélarus : défis
et perspectives »
Dans le cadre de la présidence slovaque du Comité des
Ministres du Conseil de l’Europe, la Cour constitutionnelle du Bélarus, la
Commission de Venise et l’ambassade de Slovaquie à Minsk ont organisé une
conférence sur « l’utilisation d’instruments internationaux pour
protéger les droits individuels, les libertés et les intérêts légitimes au
moyen de la législation nationale, ainsi que le droit à une défense juridique
au Bélarus : défis et perspectives », à Minsk (24 avril 2008). Y
participaient le président et les juges de la Cour constitutionnelle du
Bélarus, les anciens juges de la Cour (ceux d’avant 1997), le vice-président de
la Cour suprême, le Procureur général, les ministres adjoints de la Justice et
des Affaires étrangères, des universitaires et le Comité d’Helsinki du Bélarus.
Les participants internationaux ont mis en lumière
l’importance des traités internationaux relatifs aux droits de l’homme, et en
particulier de la Convention européenne des droits de l’homme telle que la Cour
européenne des droits de l’homme l’applique dans sa jurisprudence.
Les intervenants du Bélarus ont insisté sur le fait que les
instruments internationaux en matière de droits de l’homme faisaient déjà
partie de l’ordre juridique national et y produisaient leurs effets, tout comme
la Constitution. Les juges de la Cour constitutionnelle du Bélarus ont présenté
la jurisprudence pertinente de cette dernière, qui renvoie à des instruments
internationaux – y compris la Convention européenne des droits de l’homme, bien
que le Bélarus ne soit pas encore partie à la Convention. L’affaire qui a
conduit à l’abolition du système de la propiska, qui limitait le droit
de changer de lieu de résidence dans le pays, a été citée comme une décision
clé se référant à des instruments internationaux.
Le président de la Cour constitutionnelle a convenu de
réfléchir, avec le Comité d’Helsinki du Bélarus, aux moyens de mettre en œuvre
les avis de la Commission des droits de l’homme de l’ONU (désormais Conseil des
droits de l’homme).
L’adhésion du Bélarus au Conseil de l’Europe a été évoquée
en plusieurs occasions lors de la conférence ; le secrétaire de la
Commission de Venise a souligné que le Bélarus faisait partie de l’Europe et
devrait à terme rejoindre le Conseil. Cependant, des mesures concrètes sont
nécessaires en vue d’une adhésion future. La coopération avec la Commission de
Venise pourra être poursuivie si les autorités du Bélarus sont disposées à
formuler des demandes d’avis dans les domaines pertinents.
- Géorgie
Conférence « Justice
constitutionnelle et prééminence du droit dans le Caucase du Sud »
En coopération avec la Cour
constitutionnelle de Géorgie et la Société allemande pour la coopération
technique (GTZ), la Commission a organisé une conférence intitulée « Justice
constitutionnelle et prééminence du droit dans le Caucase du Sud », à
Batoumi (19-20 juin 2008). Y participaient les présidents et les juges des
cours constitutionnelles d’Allemagne, d’Arménie, d’Azerbaïdjan, de Géorgie, de
Lituanie, de Pologne, de Russie, de Turquie et d’Ukraine, ainsi que plusieurs
experts géorgiens et étrangers.
La conférence s’est concentrée sur l’importance de la
justice constitutionnelle pour la prééminence du droit et, en particulier, sur
le rôle du recours individuel à cet égard. Les débats ont porté sur le rôle
décisif des cours constitutionnelles dans les pays où la justice ordinaire se
trouve encore dans un processus de transition. Les recours individuels devant
la cour constitutionnelle représentent un moyen non pas de contrôler l’appareil
judiciaire ordinaire, mais de lui transmettre des orientations sur les
questions relatives à la protection des droits de l’homme. La conférence a
notamment permis de faire le point sur l’avancement des réformes dans ce domaine
dans trois pays du Caucase : l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie.
- Kazakhstan
Conférence sur « la déclaration universelle des
droits de l’homme et ses principes fondamentaux : mise en œuvre dans la
Constitution du Kazakhstan »
Le Conseil constitutionnel du Kazakhstan et la Commission de
Venise ont organisé une conférence intitulée « La déclaration
universelle des droits de l’homme et ses principes fondamentaux : mise en
œuvre dans la Constitution du Kazakhstan », à l’occasion du
soixantième anniversaire de la Déclaration. La conférence a été ouverte, le 2
décembre 2008, par le Secrétaire d’État, M. Saoudabaïev.
Les débats se sont centrés sur l’influence exercée par la
Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU sur les lois de
différents pays, et en particulier sur la mise en œuvre des droits de l’homme
au Kazakhstan.
Le Médiateur a expliqué que dix-sept bureaux de médiateurs
régionaux allaient être ouverts dans tout le pays au cours de l’année à venir.
Le chef de la délégation de la Commission européenne au Kazakhstan, au
Kirghizistan et au Tadjikistan a rappelé que l’UE et le Kazakhstan
entretiennent depuis longtemps des liens de coopération, soulignant que le
Kazakhstan avait fait des progrès en matière de droits de l’homme mais que les
domaines des élections et de la liberté de réunion, en particulier, appelaient
une attention supplémentaire. Il a salué la coopération entre le Kazakhstan et
la Commission de Venise et a encouragé les autorités kazakhes à recourir à
l’expertise juridique de la Commission de Venise. Plusieurs députés ont
souligné qu’il était nécessaire de mettre en œuvre les conventions
internationales auxquelles le Kazakhstan est partie, et notamment de faire le
point sur les divers engagements souscrits par le pays au regard de ces
conventions et d’y donner suite. Les participants ont également parlé du besoin
de renforcer le rôle de la société civile pour améliorer la sensibilisation aux
droits de l’homme dans le pays.
Enfin, la directrice de l’association Human Rights’ Charter
a expliqué que la peine capitale, bien qu’existant toujours en droit kazakh, a
été restreinte en 2007 pour ne s’appliquer qu’en cas de crimes de guerre et
d’actes de terrorisme. En outre, un moratoire adopté en 2003 a mis fin à
la peine de mort dans la pratique, et il est en fait plus urgent de
s’intéresser à d’autres composantes des droits de l’homme telles que la liberté
de réunion et d’association et la liberté d’expression.
- Corée
Du 1er au 4 septembre 2008, la Commission de Venise a
participé à un colloque intitulé « Séparation des pouvoirs et arbitrage
au XXIe siècle », à l’occasion du vingtième anniversaire de la
Cour constitutionnelle de la République de Corée. Cette manifestation a réuni
les présidents et magistrats de plus de trente pays et de six organisations
régionales de cours constitutionnelles.
Le colloque a consisté en sessions consacrées au pouvoir
législatif, au pouvoir exécutif et aux pouvoirs judiciaires. Les présentations
ont montré que les cours constitutionnelles se trouvaient dans une position clé
pour résoudre les conflits de pouvoirs entre les autorités de l’État. Leurs
décisions règlent des différends de nature à entraver le bon fonctionnement des
relations entre les pouvoirs étatiques.
Parallèlement au colloque, la Commission a tenu une réunion
de préparation de la Conférence mondiale sur la justice constitutionnelle (Le
Cap, 23-24 janvier 2009) ; voir plus loin, « Questions
transnationales ».
- Kirghizistan
Par une lettre datée du 6 mai 2008, la présidente de la Cour
constitutionnelle du Kirghizistan, Mme Svetlana Sidikova, a demandé des avis
concernant : 1) le projet de loi modifiant et complétant la loi relative
aux procédures constitutionnelles au Kirghizstan ; 2) le projet de loi modifiant
et complétant la loi relative à la Cour constitutionnelle ; 3) la loi relative
au statut des juges ; 4) la loi relative aux jurys présents dans les
juridictions ; 5) la loi relative aux organes de l’autonomie judiciaire, et 6)
la loi modifiant et complétant la loi relative à la Cour suprême et aux
juridictions locales.
Les lois 1) et 2) sont étudiées dans l’avis n° 481, et les lois 3) à 6)
font l’objet de quatre avis séparés (regroupés dans l’avis n° 480).
Projet d’amendements à la loi
constitutionnelle relative à la Cour suprême et aux juridictions locales
(CDL-AD(2008)041)
L’objectif du projet de loi est de
rendre la loi « relative à la Cour suprême et aux juridictions locales
de la République du Kirghizistan », adoptée le 18 juillet 2003,
conforme à la nouvelle Constitution du Kirghizistan, adoptée par référendum le
21 octobre 2007.
Les modifications apportées par le projet de loi portent
avant tout sur des réglementations spécifiques (comme la responsabilité de
l’exécution des actes judiciaires, le nombre de vice-présidents et de juges,
l’organisation des séances plénières, l’organisation du personnel des tribunaux
etc.).
Plusieurs de ces modifications ouvrent des possibilités
d’amélioration de l’administration de la justice. La compatibilité de la
plupart d’entre elles avec le principe de la prééminence du droit dépendra de
leur mise en œuvre.
La Commission de Venise a souligné que la responsabilité des
juges en cas de non-exécution des arrêts, ainsi que la capacité des présidents
de tribunaux d’assigner des affaires à certains juges en particulier, posent
problème au regard du principe de la prééminence du droit et devraient donc
être revues.
Loi constitutionnelle relative aux instances
d’autorégulation judiciaire au Kirghizistan (CDL-AD(2008)040)
La loi en question crée deux instances d’autorégulation
judiciaire : 1) le Congrès des juges et 2) le Conseil national des juges.
Elle fixe les principes de base de leur organisation et de leur fonctionnement,
ainsi que leur statut juridique. Il s’agit d’une loi-cadre, peu détaillée, et
la façon dont le système fonctionnera dans la pratique dépendra de l’adoption
d’autres textes juridiques et réglementaires.
La loi comprend des dispositions importantes, concernant par
exemple l’organisation de la formation initiale et continue des juges et la
structure globale des tribunaux. Le temps et la pratique diront si la mise en
œuvre des règles concernant l’autorégulation des juges, relativement strictes,
laissera assez de place à une véritable autorégulation et à un débat ouvert
entre les magistrats sur les problèmes du système judiciaire, entraînant par là
une amélioration concrète du traitement des affaires.
La Commission de Venise recommande, entre autres, de
supprimer la disposition imposant que le Congrès soit convoqué par le Président
de la République kirghize, car elle contredit le principe de
l’autorégulation ; de prévoir un renouvellement partiel de la composition
du Conseil – dont les membres ne peuvent être réélu pour un second mandat
consécutif ; de préciser, concernant les procédures disciplinaires, si ces
procédures peuvent viser nommément des juges et si elles sont contraignantes,
et enfin de définir dans la loi la façon dont le Conseil est supposé remplir
ses diverses fonctions représentatives et consultatives.
Loi constitutionnelle relative aux
jurys présents dans les juridictions (CDL-AD(2008)038)
L’idée que des jurés participent aux procès concernant les
crimes les plus graves semble une approche très prometteuse pour améliorer
l’équité des procès ; cette loi est donc saluée par la Commission de
Venise. Cependant, plusieurs aspects du projet de loi restent flous, comme par
exemple l’exclusion des personnes « intéressées » par l’issue du
procès, les garanties d’indépendance et d’immunité et la procédure de
« sélection au hasard ».
Projet d’amendements à la loi constitutionnelle sur
le statut des juges (CDL-AD(2008)039)
Le projet de loi en question vise trois objectifs : 1)
créer un mécanisme juridique garantissant le statut des juges ; 2) offrir
des garanties d’indépendance aux juges, et 3) réglementer l’élection, la
nomination, le transfert, la rotation, la destitution, la responsabilité des
juges et les dispositions matérielles et sociales les concernant.
Dans un contexte constitutionnel accordant trop de pouvoirs
au Président (voir l’avis sur la situation constitutionnelle en République
kirghize,CDL-AD(2007)045, paragraphe 35), ce renforcement de l’indépendance
judiciaire est tout à fait bienvenu. La loi proposée est donc nécessaire et mérite
d’être saluée. Ses principes généraux sont excellents ; en particulier, le
mode d’élection ou de nomination des juges (à l’exception des juges de la Cour
constitutionnelle) et les règles de destitution sont conformes aux normes.
Cependant, la Commission de Venise a formulé plusieurs
propositions d’amélioration du projet de loi. Les principales sont les
suivantes : en matière d’avancement, il est prévu que le Conseil national
des juges propose l’avancement d’un juge au Président, et la Commission de Venise
recommande que ce processus de prise de décision au sein du Conseil soit défini
dans le projet de loi ; deux dispositions semblent aller trop loin en
prévoyant l’immunité complète des juges : si un juge commet un crime, sa
responsabilité pénale devrait être reconnue, et s’il est raisonnable d’exempter
de poursuites civiles un juge agissant de bonne foi dans l’exercice de ses
fonctions, cette immunité ne devrait pas s’étendre aux actes de fraude ou de
corruption ; une disposition couvrant et réglementant le processus de
sélection des candidats à la présidence de la Cour constitutionnelle et à la
présidence de la Cour suprême devrait être ajoutée au projet de loi ;
enfin, la procédure de sélection des juges candidats à la Cour
constitutionnelle devrait être plus transparente. La Commission de Venise
recommande qu’un organe tel qu’un comité d’experts ou le Conseil judiciaire
intervienne pour évaluer l’adéquation des candidats. La Commission de Venise
recommande également qu’un juge soit tenu de démissionner avant de pouvoir
prétendre à une fonction politique. En effet, si un juge se porte candidat à
une élection et échoue, il ne s’en identifie pas moins à une tendance
politique, au détriment de l’indépendance de la justice.
Il est important de noter que parfois, les problèmes
soulevés par les lois kirghizes paraissent moins tenir aux lois elles-mêmes
qu’à leur interprétation et à leur application dans la pratique. Dans le cas
présent, il convient d’analyser le processus de prise de décision du Conseil national
des juges et du Conseil judiciaire.
Si les recommandations de la Commission de Venise sont
prises en compte, la loi offrira une bonne base au développement de
l’indépendance et de l’intégrité du pouvoir judiciaire.
Projet de loi modifiant et complétant
la loi relative aux procédures constitutionnelles et Projet de loi modifiant et
complétant la loi relative à la Cour constitutionnelle (CDL-AD(2008)029)
Les amendements en question ont été
rédigés à la suite de l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution kirghize
(CDL(2008)017). La Commission de Venise avait déjà formulé un avis sur cette
Constitution (avis sur la situation constitutionnelle en République kirghize, document
CDL-AD(2007)045), et plusieurs des problèmes évoqués dans cet avis se posent
aussi dans les amendements étudiés.
La Commission estime que les modifications proposées quant
aux compétences et aux procédures de la Cour constitutionnelle pourraient
améliorer le fonctionnement de cette Cour. Plusieurs points demandent toutefois
à être réglés. Par exemple, le projet de loi relative à la Cour
constitutionnelle supprime un chapitre entier consacré au statut des juges de
cette Cour ; étant donné que ces juges ont besoin de garanties spéciales
d’indépendance et ne peuvent être assimilés aux juges ordinaires, la Commission
de Venise suggère que ce chapitre soit réintroduit. En outre, la procédure
d’élection du président, du vice-président et des juges de la Cour
constitutionnelle devrait être davantage détaillée ; la Cour se voit
attribuer une nouvelle compétence, celle de formuler une interprétation
officielle des normes de la Constitution, ce que la Commission de Venise ne
préconise pas ; la loi devrait également préciser qui a qualité pour
engager les différentes procédures devant la Cour constitutionnelle, et il est
recommandé d’introduire la possibilité de recours individuels contre des actes
spécifiques.
La Commission de Venise recommande également que le budget
de la Cour constitutionnelle ne soit pas inclus dans le budget général de la
justice et que les démarches devant la Cour constitutionnelle soient
simplifiées. Enfin, plusieurs des dispositions de l’actuelle loi relative aux
procédures constitutionnelles devraient figurer dans un règlement séparé.
Conférence sur « la suprématie du droit et
l’indépendance du pouvoir judiciaire, garanties de la stabilité des
institutions démocratiques »
Une conférence consacrée à « la suprématie du droit
et l’indépendance du pouvoir judiciaire, garanties de la stabilité des
institutions démocratiques » a été organisée en collaboration avec la
Cour constitutionnelle les 27 et 28 mai 2008 au Kirghizstan, à Bichkek. Cette
conférence visait à permettre aux rapporteurs d’examiner la réforme judiciaire
en cours au Kirghizstan et d’obtenir des informations à ce sujet, dans le cadre
de la demande d’avis portant sur les six projets de lois et d’amendements
précités.
- Moldova
Projet de loi sur
le ministère public
Par une lettre en date
du 6 février 2008, le Procureur général de Moldova a sollicité un avis
concernant le projet de loi sur le ministère public. La Commission de Venise et
la Direction de la coopération de la Direction générale des droits de l’homme
et des affaires juridiques du Conseil de l’Europe ont préparé cet avis à la
suite d’une rencontre avec les autorités moldaves à Chisinau le 7 avril 2008.
La Direction de la coopération avait déjà formulé des avis sur des versions
précédentes du projet de loi. La Commission de Venise a adopté l’avis
(CDL-AD(2008)019) lors de sa 75e session plénière (13-14 juin 2008).
L’avis conclut que le projet de loi
est, dans l’ensemble, clair, cohérent et complet. Le remplacement des trois
anciens projets de loi par un texte unique constitue une amélioration notable,
et plusieurs des recommandations qui avaient été faites par les rapporteurs ont
été suivies. Il reste cependant un problème majeur, à savoir la nécessité de
préciser le degré d’autonomie du procureur dans la prise de décision et de
savoir s’il est soumis à un contrôle hiérarchique. Il conviendrait d’indiquer
clairement, en particulier, dans quelles circonstances un procureur de rang
plus élevé peut outrepasser le principe de l’autonomie du procureur. Dans la
même temps, la nouvelle définition du ministère public énoncée à l’article 1,
tout en se rapprochant de la définition donnée dans la Constitution, semble
s’éloigner de la volonté d’en faire un organe fonctionnant conformément aux
principes d’une société démocratique régie par la prééminence du droit en
supprimant les éléments du système de poursuites de type prokuratura qui existent encore. La meilleure
solution, aux termes de l’avis, serait de modifier l’article 124 de la
Constitution.
En vue d’améliorer encore le texte,
la Commission a recommandé plusieurs autres modifications, dont certaines ont
trait aux pouvoirs du procureur. Sur ce point, la Commission suggère que tout
« rôle de supervision » du procureur se limite au dépôt d’un recours
dans les instances auxquelles il est partie. Le choix opéré entre le principe
d’opportunité et le principe de légalité devrait être clairement indiqué. Le
pouvoir, évoqué à l’article 6, de demander des informations et d’inspecter des
locaux est trop vaste et devrait être subordonné à la décision d’un juge. Dans
le même temps, les pouvoirs du procureur consistant à assurer la protection des
droits, libertés et intérêts des jeunes, des personnes âgées, des personnes
handicapées ou des personnes qui ne peuvent prendre part au procès du fait de
leur état de santé devraient être uniquement subsidiaires.
En ce qui concerne la nomination des procureurs, la
Commission a montré qu’il existait un certain nombre de solutions, parmi
lesquelles la possibilité que le Conseil supérieur donne un simple avis sur les
compétences des candidats ou les classe par ordre de préférence. Les recommandations
de nomination d’un procureur devraient être émises par le Procureur
général ; le Conseil supérieur aurait le droit de refuser la nomination
d’une personne, mais uniquement pour un motif valable. Cela nécessiterait une
modification du texte de la Constitution elle-même. L’avis estime également
qu’il conviendrait de procéder à une évaluation de la qualité du travail des
procureurs à des intervalles bien inférieurs à cinq ans. Les promotions des
procureurs, quant à elles, devraient s’effectuer avec davantage de transparence
et d’objectivité, par exemple par le biais d’une recommandation sur les
qualifications de la personne émise par un comité compétent. Cette décision ne
devrait pas être laissée à la seule appréciation d’un supérieur hiérarchique
direct. Par ailleurs, le critère disciplinaire intitulé « interprétation
ou application injustes de la loi » est bien trop vague et pourrait être
utilisé pour exercer des pressions sur les procureurs. La Commission a
également suggéré que la responsabilité personnelle des procureurs ne soit
engagée que s’ils ont agi de mauvaise foi ou de manière très incorrecte. En ce
qui concerne les deux membres de la société civile élus par le Conseil
supérieur, la Commission estime qu’il serait préférable qu’ils soient élus par
le Parlement.
- Monténégro
Loi
sur la Cour constitutionnelle
En mai 2008, le ministre de la Justice du Monténégro,
M. Radovic, a demandé un avis sur le projet de loi sur la Cour
constitutionnelle. Les 16 et 17 juin 2008, une délégation de la Commission a
participé à une réunion avec le groupe de travail auteur du projet de texte et
à une table ronde publique sur le sujet, organisée en coopération avec la
Mission de l’OSCE au Monténégro.
Dans son avis, adopté lors de sa 76e session plénière (17-18
octobre 2008), la Commission souligne que le projet de loi est extrêmement bien
rédigé et qu’il fixe de façon cohérente les fonctions et les procédures de la
Cour constitutionnelle. Afin d’en faciliter la lecture et la compréhension, la Commission recommande que la loi
cite les dispositions de la Constitution dans leur intégralité plutôt que de
simplement les compléter.
La Commission salue en particulier l’apparition d’un recours
individuel « complet » - pouvant également porter sur des actes
spécifiques, le fait que la Cour soit tenue de prendre en compte la
Convention européenne des droits de l’homme dans ses décisions et l’obligation
faite aux autres autorités de l’État de tenir compte du raisonnement juridique
sur lequel reposent les décisions de la Cour constitutionnelle.
Toutefois, la Commission de Venise a constaté, dans le
projet de loi, un certain nombre de problèmes liés à la Constitution. Elle
recommande donc que la Constitution soit modifiée, entre autre sur les points suivants :
- les juges de la Cour constitutionnelle devraient être
élus à la majorité qualifiée ;
- une base claire pour la mise en place de chambres
devrait être définie ;
- les juges devraient rester en fonction jusqu’à l’entrée
en fonction de leurs successeurs ;
- l’action populaire sans intérêt juridique devrait être
exclue ;
- la Cour devrait pouvoir différer l’entrée en vigueur de
ses décisions afin de donner du temps au Parlement pour éviter tout vide
juridique dû à l’annulation d’une loi ;
- la Cour ne devrait pas pouvoir se prononcer d’office et
sa compétence en matière de contrôle de constitutionnalité et de légalité
ne devrait pas être générale.
Plusieurs problèmes peuvent cependant être résolus par la
législation ordinaire. Les principales recommandations portent notamment sur
les points suivants : définition de la Cour comme institution judiciaire
indépendante, indépendance budgétaire, autonomie procédurale, garanties
sociales pour les juges et le personnel de la Cour, transparence de l’élection
des juges, application d’un code de procédure par défaut, introduction de
règles d’impartialité et d’une procédure de contestation des juges, possibilité
de recevoir des plaintes individuelles à titre exceptionnel (y compris avant
l’épuisement des recours), existence d’un règlement de procédure écrit,
restriction de la possibilité de la Cour d’agir de sa propre initiative, effets
des décisions, possibilité d’annuler les décisions des autorités ayant agi hors
de leur compétence (ultra vires) et restriction des compétences de
contrôle de la Cour, qui s’avèrent trop larges.
Projet d’amendements à la loi sur le procureur de
l’État
En février 2008, la vice-ministre de la Justice du
Monténégro, Mme Lakocevic, a sollicité l’avis de la Commission sur le projet
d’amendements à la loi sur le procureur de l’État du Monténégro. Pour préparer
l’avis demandé, une délégation de la Commission, accompagnée du rapporteur
désigné par la Direction de la coopération de la Direction générale des droits
de l’homme et des affaires juridiques du Conseil de l’Europe, s’est rendue à Podgorica où elle a
rencontré le groupe de rédaction, présidé par le ministre de la Justice. Cette
visite a permis de régler un certain nombre de questions soulevées par les
rapporteurs dans leurs observations. L’avis (CDL-AD(2008)005) a été adopté par
la Commission de Venise lors de sa 74e session plénière (14-15 mars 2008).
D’après l’avis, les problèmes relatifs à l’indépendance du
ministère public découlent moins des amendements proposés que de la Constitution
elle-même, qui dispose que les procureurs et les membres du Conseil des
procureurs sont élus par le Parlement sans majorité qualifiée. Dans le cadre de
la Constitution en vigueur, les rapporteurs ont jugé que le projet
d’amendements était bien préparé et offrait une bonne base pour le travail du
bureau du procureur de l’État.
Néanmoins, l’avis formule les recommandations
suivantes : un procureur détaché contre son gré devrait pouvoir adresser
une protestation non suspensive au Conseil des procureurs ; le Défenseur
des droits de l’homme devrait conserver le droit de nommer l’un des membres du
Conseil ; à défaut, le Président du Monténégro devrait être tenu de
consulter le Défenseur avant de proposer une personne dotée d’une expérience
significative en matière de droits de l’homme. Enfin, la suppression de la
disposition relative aux rapports spéciaux devant être fournis à la demande du
Parlement et du gouvernement est jugée positive. Si un tel texte était
réintroduit, il serait bon de le formuler de manière à exclure les demandes
portant sur des affaires individuelles.
- Autorité nationale palestinienne
Séminaire sur
« les modèles de juridictions constitutionnelles »
Le 15 juin 2008, le Comité des Ministres a approuvé l’octroi
du statut de coopération spéciale à l’Autorité nationale palestinienne. Ce
statut, comparable au statut d’observateur, permet aux autorités palestiniennes
d’adresser des demandes d’avis à la Commission de Venise.
En coopération avec le ministère de la Justice de l’Autorité
nationale palestinienne, la Commission a organisé à Ramallah, les 25 et 26
octobre 2008, un séminaire intitulé « Modèles de juridictions
constitutionnelles ». Le séminaire a examiné les possibilités de
création d’une Cour constitutionnelle sur la base d’une loi adoptée en 2006.
Les discussions ont porté sur différents aspects du fonctionnement d’une cour
constitutionnelle, et en particulier sur sa compétence et sa composition, en
tenant compte de la situation politique extrêmement difficile et de la séparation
entre la Cisjordanie et Gaza. Au cours du séminaire, le ministre de la Justice,
M. Khashan, a demandé à la Commission de Venise un avis sur la loi
relative à la Cour constitutionnelle, adoptée en 2006 mais qui n’a pas été mise
en œuvre à ce jour.
- Serbie
Séminaire sur « les projets de lois sur le Haut
Conseil judiciaire, les juges et l’organisation des tribunaux »
Un séminaire consacré à l’avis sur ces lois, qui font partie
d’un train de lois consacrées au pouvoir judiciaire, a eu lieu le 21 février
2008 à Belgrade.
L’objectif de ce séminaire était de permettre aux
rapporteurs d’examiner, avec des représentants du ministère de la Justice, du
groupe des rédaction des lois relatives à l’organisation de la justice et de
l’association des juges de Serbie, les trois projets de lois sur lesquelles des
observations étaient demandées : 1) le projet de loi sur le Haut Conseil
judiciaire ; 2) le projet de loi sur les juges, et 3) le projet de loi sur
l’organisation des tribunaux. Cette réunion a permis de répondre à plusieurs
importantes questions des rapporteurs au sujet des projets de lois.
Projets de lois sur le Haut Conseil
judiciaire, les juges et l’organisation des tribunaux
Par des lettres datées du 11
décembre 2007 et du 23
janvier 2008, le ministère de la Justice de la République de Serbie a demandé à
la Commission de Venise un avis concernant le projet de loi sur le Haut Conseil judiciaire
ainsi que les projets de lois sur les juges et sur l’organisation des
tribunaux.
L’avis sur le projet de loi relatif au Haut Conseil
judiciaire (CDL-AD(2008)006) a été adopté lors de la 74e session de la
Commission de Venise (14-15 mars 2008). Il explique que le projet de loi tente
de résoudre les problèmes de politisation et d’atteinte à l’indépendance du pouvoir
judiciaire posés par la Constitution serbe[10], qui prévoit l’élection des membres du Haut
Conseil judiciaire par l’Assemblée nationale sans majorité qualifiée, en
accordant aux juges un rôle majeur dans l’élection de la majorité des membres
du Haut Conseil. Cela étant, la Commission attire l’attention sur le risque
d’engendrer un conflit constitutionnel entre l’Assemblée nationale et le
pouvoir judiciaire. Bien que plusieurs recommandations soient formulées, le
projet de loi sur le Haut Conseil judiciaire est considéré comme acceptable sur
le plan des principes. Aux yeux de la Commission toutefois, en l’absence de
modification de la Constitution elle-même, aucune solution ne pourra résoudre
pleinement tous les problèmes cités.
L’avis relatif aux projets de lois sur les juges et sur
l’organisation des tribunaux de la République de Serbie (CDL-AD(2008)0007) a
également été adopté à la 74e session plénière de la Commission de Venise.
Bien que le projet de loi sur les juges soit, dans son
ensemble, conforme aux normes européennes, la Commission souligne qu’un certain
nombre de dispositions demandent encore à être modifiées. Ce sont en
particulier les dispositions qui tendent à affaiblir l’indépendance du pouvoir
judiciaire. L’avis attire l’attention sur le risque de politiser le pouvoir
judiciaire en exigeant que, pour chaque élection de juge, le Haut Conseil
judiciaire propose deux candidats à l’Assemblée nationale, risque d’autant plus
grand que le projet n’instaure aucun modèle susceptible de préserver la continuité
des fonctions des juges en place, même en l’absence de toute allégation
d’incompétence ou de manquement à leur devoir d’indépendance.
Concernant la présence d’un trop grand nombre de juges dans
le système judiciaire serbe actuel, l’avis suggère que la manière de régler le
problème passe plutôt par
le non-remplacement des personnes partant en retraite ou par des plans de
départ anticipé à la retraite que par la destitution de juges qui n’ont ni fait
preuve d’incompétence, ni commis de faute.
S’agissant du projet de loi sur l’organisation des
tribunaux, seules quelques modifications sont recommandées, notamment pour ajouter au texte des
dispositions plus spécifiques sur l’équité des procès, préciser les relations
entre droit international et national en cas de conflit de droit, revoir les
dispositions qui pourraient porter atteinte à la liberté d’expression dont
notamment la liberté de la presse, et redéfinir les tâches de supervision
exercées par les présidents de tribunaux afin d’assurer l’indépendance de la
justice.
- Slovaquie
Séminaire sur « le rôle de la
justice constitutionnelle dans les pays Vishegrad 4 »
En coopération avec le Cour
constitutionnelle de Slovaquie, la Commission de Venise a organisé un séminaire
sur « le rôle de la justice constitutionnelle dans les pays Vishegrad
4 », à l’occasion du 15e anniversaire de la Cour (3 avril 2008). Ce
séminaire a été l’occasion d’un échange d’informations et de points de vue
entre les cours constitutionnelles des quatre pays Vishegrad (Hongrie, Pologne,
République tchèque et Slovaquie). Les débats ont également souligné l’évolution
positive de la Cour constitutionnelle de Slovaquie.
Au cours du séminaire, le rôle clé des cours
constitutionnelles dans les démocraties modernes a été évoqué. Elles n’assurent
pas seulement la stabilité de la constitution et le respect de l’État de
droit ; au-delà de cette fonction classique, elles ont un rôle
significatif à jouer dans la progression et le renforcement du processus
démocratique, dont la constitution représente le principal pilier.
- Russie
XIe forum international de justice
constitutionnelle : « Les valeurs constitutionnelles en théorie et
dans la pratique judiciaire »
Les 20 et 21 juin 2008, la Commission de Venise a organisé,
en coopération avec l’Institut
de droit et de politique publique, la Fondation allemande pour la coopération juridique
internationale et la Fondation John D. et Catherine T. MacArthur, et sous
l’égide de la Cour constitutionnelle de la Fédération de Russie, le XIe forum
international de justice constitutionnelle, intitulé cette année « Les
valeurs constitutionnelles en théorie et dans la pratique judiciaire ». Les
sessions du forum ont réuni des présidents, juges et membres du personnel des
cours constitutionnelles de Russie, de pays européens et de pays de la CIE, des
juges de la Cour européenne des droits de l’homme ainsi que des experts russes
et étrangers de haut niveau en droit constitutionnel et en sciences politiques.
Les questions étudiées avaient trait, entre autres, aux
valeurs en tant que concepts normatifs, à la traduction des valeurs dans les
textes des constitutions, des codes de procédure et des décisions et à la
légitimité des jugements de valeurs dans les décisions constitutionnelles. Les
débats ont montré que les valeurs constitutionnelles n’étaient pas un thème
abstrait de théorie juridique, leur application dans la pratique quotidienne
ayant un fort impact sur la société.
- Ukraine
Conférence sur
« la cour constitutionnelle dans le système des organes de l’État :
principaux problèmes et solutions envisageables »
En coopération avec la Cour
constitutionnelle d’Ukraine, l’OSCE et la Fondation allemande pour la
coopération juridique internationale, la Commission de Venise a organisé à Kiev
(16-17 mai 2008) une conférence intitulée « La cour constitutionnelle
dans le système des organes de l’État : principaux problèmes et solutions
envisageables », qui a été ouverte par le Président de la République.
Compte tenu de la crise de la justice constitutionnelle qu’a
traversée l’Ukraine, les discussions ont tourné autour de l’importance de
renforcer la Cour constitutionnelle pour garantir la stabilité de la
Constitution et le respect de l’État de droit. Les exposés de membres de cours
constitutionnelles d’autres pays (Allemagne, Autriche, Bélarus, Hongrie,
Kazakhstan, Lettonie, Lituanie, Moldova, République tchèque, Roumanie, Russie
et Slovénie) ont montré l’impact crucial que les cours constitutionnelles
peuvent avoir sur le développement démocratique de leur pays, malgré la
persistance de problèmes dans certains États. La Cour constitutionnelle
d’Ukraine devrait être revêtue d’un rôle significatif dans l’encouragement et
le renforcement du processus démocratique, dont la constitution représente l’un
des principaux piliers. Il a été proposé que la Cour constitutionnelle
d’Ukraine soit encore renforcée par l’introduction d’un droit de recours
individuel contre des actes spécifiques.
2. activités
transnationales
Le Centre de justice constitutionnelle de la Commission de
Venise encourage l’échange d’expériences et de jurisprudence à travers la
publication du Bulletin de jurisprudence constitutionnelle, la base de
données CODICES et un forum en ligne, le Forum de Venise.
Bulletin de jurisprudence constitutionnelle / base de
données CODICES
La Commission de Venise offre un certain nombre de services
aux cours constitutionnelles et aux juridictions équivalentes, dont la
publication du Bulletin de jurisprudence constitutionnelle, qui rend
compte d’affaires constitutionnelles importantes jugées dans des pays membres
et observateurs de la Commission de Venise. L’année 2008 a vu la parution des
trois numéros habituels et, à la demande de la Conférence des cours
constitutionnelles européennes, d’un numéro spécial consacré à l’omission
législative. Deux numéros et un autre numéro spécial du Bulletin ont été
élaborés au cours de la même période. Le Bulletin est très apprécié des
cours car il leur permet d’avoir des échanges réguliers en matière de
jurisprudence, échanges qui seraient autrement entravés par la barrière de la
langue (voir aussi la résolution de la Conférence des cours constitutionnelles
européennes, plus loin).
Base de données CODICES
Toutes les éditions habituelles et spéciales du Bulletin
figurent dans la base de données CODICES (www.CODICES.coe.int),
qui contenait, fin 2008, 5 759 affaires. Les décisions de juridictions non
européennes peuvent être ajoutées à la base si elles viennent de pays ayant le
statut de membre ou d’observateur ou coopérant avec la Commission de Venise par
le biais de partenaires régionaux (voir plus loin). La base de données CODICES
permet des recherches par texte ou par thème via le thésaurus systématique de
la Commission, qui est mis à jour une fois par an par le Conseil mixte sur la
justice constitutionnelle.
Forum de Venise
Le Forum de Venise propose un système d’échange rapide
d’informations entre les cours constitutionnelles et juridictions équivalentes.
Les agents de liaison d’une cour peuvent interroger l’ensemble de leurs
homologues sur un thème particulier et recevoir leurs réponses assez rapidement
pour traiter une affaire pendante. Le Forum existe sous deux formes : 1)
une messagerie électronique classique permettant d’échanger des courriels, le
Secrétariat jouant le rôle de modérateur, et 2) un forum de discussion
permettant aux représentants des cours d’envoyer directement leurs messages sur
un site à accès restreint. Le forum, dans sa forme classique, est accessible aux
cours des États membres et observateurs de la Commission de Venise, tandis que
le forum de discussion est également ouvert aux cours s’inscrivant dans le
cadre des partenariats régionaux (voir ci-dessous). En 2008, plus de
trente-sept demandes ont été envoyées via le Forum, suscitant des réponses
d’une grande richesse sur des sujets aussi variés que la légalité de
l’enregistrement audiovisuel de réunions officielles, la confiscation des
passeports ou la sélection des fœtus.
3. coopération
régionale
La Commission de Venise poursuit son approche régionale, en
coopérant avec des associations de cours constitutionnelles et de juridictions
équivalentes à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe.
- Conférence des cours constitutionnelles
européennes
Du 2 au 7 juin 2008, la Commission a participé au XIVe
congrès de la Conférence des cours constitutionnelles européennes, sur le thème
des « problèmes de l’omission législative dans la jurisprudence
constitutionnelle ».
À la demande de la présidence lituanienne de la Conférence
européenne, la Commission de Venise avait préparé un document de travail sur la
jurisprudence des cours participantes dans le domaine de l’omission législative
et de la suppression des vides juridiques. La Commission de Venise a également
présenté un document de travail sur la Cour suprême de Monaco, qui demandait –
et a obtenu – le statut de membre à part entière de la Conférence. Avec cette
contribution et les contributions apportées aux précédents congrès de la
Conférence européenne, le travail de la Commission de Venise auprès des cours
constitutionnelles a été salué dans une résolution spéciale, qui remercie la
Commission de Venise pour les services qu’elle offre (Bulletin de
jurisprudence constitutionnelle, base de données CODICES, Forum de Venise,
séminaires etc.). La Conférence a appelé de ses vœux la poursuite de cette
excellente coopération avec la Commission de Venise.
En marge du congrès, la Commission de Venise a organisé la
première des trois réunions de préparation de la Conférence mondiale sur la
justice constitutionnelle (voir plus loin).
- Conférence ibéro-américaine de justice
constitutionnelle
À l’occasion du XIVe congrès de la Conférence des cours constitutionnelles
européennes, la Conférence ibéro-américaine de justice constitutionnelle et la
Commission de Venise ont conclu un accord de coopération, qui prévoit que la
base de données CODICES soit également accessible aux membres latino-américains
de la Conférence. Les juridictions membres seront également invitées à
participer aux échanges d’informations via le Forum de discussion de Venise.
Dans le cadre plus large de la coopération avec les
juridictions ibéro-américaines, la Commission de Venise a participé à la VIe
réunion des cours suprêmes des États membres et membres associés du Mercosur, à
Brasilia (21 novembre 2008). Cette réunion a montré que les juridictions
membres des pays du Mercosur étaient vivement intéressées par une coopération
resserrée avec le Commission de Venise.
La Cour suprême du Brésil a affirmé qu’elle contribuerait
activement à alimenter la base de données CODICES et qu’elle cherchait à
élargir cette contribution à l’ensemble de la région du Mercosur.
- Union des cours et des conseils
constitutionnels arabes
En 2006, l’Union des cours et des
conseils constitutionnels arabes a demandé à coopérer avec la Commission de
Venise. L’Union a été créée en 1997, dans l’objectif de promouvoir la
coopération et les échanges d’idées entre les cours et conseils, d’encourager
la recherche dans le domaine du droit constitutionnel et en particulier des
droits de l’homme et de nouer des contacts avec des organisations similaires.
La Commission de Venise a préparé un accord de coopération
avec l’Union (signé au Caire en juin 2008), lequel prévoit l’organisation de
séminaires, la contribution des juridictions arabes à la base de données
CODICES et la traduction de textes fondamentaux dans le domaine de la justice
constitutionnelle. Ce programme de coopération, financé par le gouvernement
norvégien, se concentre en particulier sur les besoins de l’appareil judiciaire
palestinien.
Dans le cadre de cette coopération, une délégation de la
Commission de Venise a participé à la cinquième réunion plénière du conseil
scientifique de l’Union des cours et des conseils constitutionnels arabes, les
10 et 11 novembre 2008 à Sanaa (Yémen), sur le thème « Principes
constitutionnels garantissant l’équité des procès » ; elle y a
présenté le point de vue européen sur le sujet.
Les séminaires organisés en Algérie et avec l’Autorité
nationale palestinienne (voir plus haut) entrent dans le cadre de cette
coopération.
- Commonwealth
En vue de nouer des relations avec les juridictions
supérieures des pays du Commonwealth, qui ne sont pas regroupées au sein d’une
association formelle, la Commission a participé à la réunion des ministres et
hauts fonctionnaires de la Justice du Commonwealth, qui a réuni des ministres
et procureurs généraux de trente-huit pays du Commonwealth à Édimbourg, en
Écosse (7 au 10 juillet 2008).
Ces réunions, qui ont lieu tous les trois
ans, représentent un forum où promouvoir les valeurs et les principes du
Commonwealth à travers les politiques et les pratiques juridiques, domaine dans
lequel les ministres de la Justice jouent un rôle essentiel. Comme les pays du
Commonwealth ont des systèmes juridiques similaires, ce forum leur permet de
partager des expériences et des informations, qui se traduisent souvent par
l’adoption de modèles de lois, de principes et de lignes directrices définissant
des normes à respecter par ces pays.
Les participants ont reconnu que l’un des principaux défis
résidait dans le principe de l’État de droit, qui est intimement lié aux
ressources (ou au manque de ressources) et au problème de la corruption, sur le
plan régional et national. Ils ont expliqué qu’il existait très peu de
recherches fiables sur l’accès à la justice dans les pays du Commonwealth et
qu’il convenait de remédier à cette lacune.
Plusieurs pays du Commonwealth se sont montrés très
intéressés par les travaux de la Commission de Venise, notamment la Malaisie,
qui a exprimé le souhait d’entrer en contact avec la Commission concernant des
questions constitutionnelles.
- Séminaire du BIDDH sur la dimension humaine
Les 14 et 15 mai 2008, la Commission
de Venise a participé au séminaire du BIDDH sur la dimension humaine de la
justice constitutionnelle, à Varsovie. Ce séminaire a permis à la Commission de
présenter aux délégations présentes de l’OSCE l’étroite coopération qu’elle
entretient avec les cours constitutionnelles et les juridictions équivalentes.
Le BIDDH a reconnu le rôle clé joué par la Commission de Venise dans ce
domaine.
4. conférence
mondiale sur la justice constitutionnelle
Forte de l’étroite coopération qu’elle entretient avec
plusieurs groupes régionaux de juridictions à compétence constitutionnelle
(juridictions des pays arabes, des pays asiatiques, du Commonwealth, d’Europe,
des pays francophones, des pays ibéro-américains, d’Afrique australe, des
jeunes démocraties / CIE), la Commission de Venise s’est fixé pour objectif de
réunir ces groupes et leurs membres pour la première fois à l’occasion d’une
Conférence mondiale sur la justice constitutionnelle.
En coopération avec la Cour constitutionnelle d’Afrique du
Sud, la Commission de Venise a préparé l’organisation de cette manifestation,
prévue au Cap, en Afrique du Sud, les 23 et 24 janvier 2009.
Le thème de la conférence est « La justice
constitutionnelle influente : son influence sur la société et sur le
développement d’une jurisprudence mondiale des droits de l’homme ».
Compte tenu de l’échelle mondiale de la conférence et du
rôle de vecteurs joué par les groupes régionaux, la Commission de Venise a
organisé trois réunions de préparation de la conférence avec les groupes
régionaux en 2008, à Vilnius, à Séoul et à Alger. Ces réunions ont permis de
recueillir le soutien plein et entier des groupes en faveur de la conférence.
Le programme, établi dans le cadre de ces réunions, met l’accent sur des
présentations des groupes participants, afin d’encourager les contacts non
seulement au sein des régions, mais aussi entre elles. Lors de la dernière
réunion, à Alger, le président du groupe régional a préparé un projet de
déclaration finale prévoyant d’institutionnaliser la Conférence mondiale.
5. activités
transnationales – justice ordinaire
- Rapport sur l’indépendance de la justice
Par une lettre datée du 11 juillet 2008, le président de la
commission des affaires juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée
parlementaire a demandé à la Commission de Venise de produire un avis sur les « normes
européennes relatives à l’indépendance du système judiciaire ». La
Commission est « intéressée tant par une présentation de l’acquis existant
que par des propositions de développement, sur la base d’une analyse
comparative tenant compte des principales familles de systèmes juridiques en
Europe ».
La Commission de Venise a confié la rédaction de ce rapport
à sa sous-commission sur le pouvoir judiciaire, qui a tenu deux réunions à ce
sujet à Venise, les 16 octobre et 11 décembre 2008.
La sous-commission a décidé de préparer deux rapports sur
l’indépendance du pouvoir judiciaire, l’un sur les procureurs et l’autre sur
les juges. La Commission compte adopter ces rapports en 2009.
- Conférence
des procureurs généraux européens (Saint-Pétersbourg, 1er au 3 juillet 2008)
Mme Suchocka a participé, au nom de la Commission de Venise,
à cette conférence consacrée à la question des pouvoirs des procureurs
en-dehors du champ du droit pénal. Dans sa présentation, elle a expliqué
pourquoi la Commission de Venise se montrait critique sur ce type de pouvoirs,
en particulier lorsqu’ils sont hérités du système soviétique de la prokuratura.
- Conférence
régionale sur la justice et la prééminence du droit dans le Caucase du Sud
(Tbilissi, 19-20 novembre 2008)
M. Gstöhl a participé au nom de la Commission de Venise à
cette conférence, organisée dans le cadre de la présidence suédoise du Comité
des Ministres. Il a présenté un exposé sur « les réformes judiciaires
dans le Caucase du Sud : réalisations passées et perspectives pour
l’avenir ».
IV. LA DÉMOCRATIE PAR DES ÉLECTIONS LIBRES ET
ÉQUITABLES[11]
1. activités par pays
- Arménie
Réforme électorale
A sa 76e
session plénière (Venise, 17-18 octobre 2008), la Commission de Venise a adopté
l’avis conjoint avec l’OSCE/BIDHH sur le code électoral de la République
d’Arménie tel que modifié dans sa version de décembre 2007 (CDL-AD(2008)023).
Cet avis tient compte de la mise en œuvre du code électoral lors des élections
de 2007 et 2008.
La Commission est
d’avis que le code modifié peut servir de base à des élections véritablement
démocratiques s’il est appliqué de bonne foi. D’autres améliorations sont
toutefois possibles et le code pourrait aussi être perfectionné par l’ajout
d’obligations plus claires dans les domaines dans lesquels l’application semble
ne pas être à la hauteur des normes internationales. Parmi les principaux
points à prendre en compte, selon la Commission de Venise, figurent les procédures
de plainte et de recours. La Commission recommande de rendre plus systématiques
les dispositions concernant cette question, et de rendre plus efficace la
procédure correspondante. Elle souligne en particulier qu’il convient d’éviter
tout excès de formalisme afin que les irrégularités présumées soient
systématiquement traitées sur le fond.
L’avis de la
Commission attire également l’attention sur le problème de la représentation
équilibrée dans les commissions électorales, en particulier dans les fonctions
de direction (président, vice-président et secrétaire), et souligne qu’une
représentation politique équitable et équilibrée est un facteur essentiel,
devant être mieux appliqué à tous les niveaux de l’administration électorale.
S’agissant de l’augmentation de la caution électorale, la Commission met en
garde contre le risque que la caution devienne un obstacle excessif. Les
recommandations de la Commission portent également sur l’apposition de tampons
sur les pièces d’identité des électeurs, considérée comme une mesure positive
de prévention des votes multiples. Cependant, le marquage des doigts à l’encre
est également un moyen convenable d’empêcher la fraude électorale.
La Commission a exprimé un avis
favorable sur le fait de rassembler en un seul et même code la réglementation
concernant les élections à tous les niveaux. Cette codification de la
législation présente de nombreux avantages, car elle permet d’éviter les
différences dans l’administration des diverses élections et facilite la mise à
jour du texte. Cela étant, le code ne profite pas pleinement de ces avantages,
car les parties relatives aux diverses élections se répètent inutilement. Par
exemple, les règles concernant les bulletins de vote ou la récapitulation des
résultats, qui valent pour toutes les élections, pourraient figurer dans une
partie générale.
Immunité des
personnes impliquées dans le processus électoral
Par une lettre datée du 1er
juillet 2008, M. Armen Haroutiounian, Défenseur des droits de l’homme de
la République d’Arménie, a demandé un avis sur les projets d’amendements du
code électoral d’Arménie concernant l’immunité des personnes impliquées dans le
processus électoral. L’avis (CDL-AD(2008)024) a été adopté par la Commission de
Venise à sa 76e session plénière (Venise, 17-18 octobre 2008).
La Commission considère qu’il est exceptionnel que
l’immunité soit étendue aux simples candidats à des fonctions publiques. Selon
elle, la seule justification concevable d’une telle extension est d’empêcher
que des pressions soient exercées sur les candidats, et de garantir que les
élections ne soient pas influencées par des inculpations ou des détentions non
fondées. Cela doit être mis en balance avec les considérations justifiant une
limitation de l’immunité, qui sont à la base des recommandations du Groupe
d’Etats contre la corruption (GRECO).
Compte tenu de l’importance de la fonction
présidentielle dans le système politique, la Commission considère que
l’objectif de garantir des élections équitables peut justifier l’immunité des
candidats aux élections présidentielles dans une jeune démocratie telle que
l’Arménie. En conséquence, l’immunité des candidats aux élections
présidentielles ne semble pas être disproportionnée. En revanche, l’immunité
des candidats aux élections législatives, territoriales et locales ne semble
pas justifiée et peut même donner lieu à des abus. Elle peut inciter des
personnes à se présenter à des élections pour éviter des poursuites
judiciaires, en cours ou potentielles.
S’agissant de l’administration électorale
et plus particulièrement de son organe central, la Commission électorale
centrale, la Commission suggère qu’il serait préférable d’établir une
distinction entre les membres et le personnel. Les membres, tous désignés par
les parties prenantes aux élections (partis politiques siégeant à l’Assemblée
nationale et le Président de la République), qui sont eux-mêmes des parties
prenantes largement impliquées dans l’organisation des élections, devraient
jouir de l’immunité durant tout leur mandat compte tenu du risque élevé de
pressions de la part des groupes politiques, du gouvernement, etc. En dépit des
recommandations du GRECO relatives aux membres de la Commission électorale
centrale, la Commission de Venise recommande, pour l’instant, de maintenir l’immunité
des membres de la Commission électorale centrale. En revanche, il semble
excessif de garantir l’immunité des agents de l’administration
électorale ; ceux-ci devraient jouir d’un statut comparable à celui des
autres fonctionnaires, indépendamment du fait qu’ils soient membres d’un organe
indépendant de tout ministère et de toute agence nationale.
Conférence pour des élections libres par le droit
Le 26 janvier 2008, la Commission de Venise a
co-organisé avec la Cour constitutionnelle d’Arménie, l’Ecole judiciaire
d’Arménie et l’Association du Barreau américain, une conférence sur des
élections libres et équitables par le droit. Trois experts de la Commission de
Venise sont intervenus lors de cette conférence destinée notamment aux juges en
charge du contentieux électoral, dans la perspective de l’élection
présidentielle du 19 février 2008.
Assistance juridique à une mission d’observation des
élections
A l'invitation de l'Assemblée parlementaire du
Conseil de l'Europe (APCE), un membre de la Commission de Venise et un membre
du secrétariat ont participé à la mission de l'APCE d’observation des élections
présidentielles du 19 février 2008, en qualité de conseillers juridiques. Leur
tâche était de conseiller les membres de la délégation sur les aspects juridiques
des élections.
- Azerbaïdjan
Réforme électorale
En 2008, la Commission de Venise a poursuivi sa coopération
avec l’Azerbaïdjan en matière électorale. Ainsi, un avis conjoint de la
Commission de Venise et de l’OSCE/BIDDH sur le projet d’amendements au code
électoral de la République d’Azerbaïdjan a été adopté par le Conseil des
élections démocratiques lors de sa 25e réunion (12 juin 2008) et par
la Commission de Venise lors de sa 75e session plénière (13-14 juin
2008) (CDL-AD(2008)011). Il fait suite à un avis conjoint intérimaire adopté
par la Commission lors de sa 74e session plénière (14-15 mars 2008)
(CDL-AD(2008)003) et à une rencontre d’un groupe de travail de la Commission et
de l’OSCE/BIDDH avec les autorités en février 2008. L’avis final prend en
considération les amendements adoptés par le Parlement de l’Azerbaïdjan le 2
juin 2008. Le Code tel qu’amendé intègre les recommandations de la Commission
de Venise et de l’OSCE/BIDDH concernant la responsabilité des commissions
exécutives pour leur interférence indue dans le processus électoral, l’encrage
des doigts des électeurs et une nouvelle procédure de recours. Toutefois,
certaines des recommandations antérieures ne figurent pas dans la nouvelle loi,
y compris en ce qui concerne la question fondamentale de la composition des
commissions électorales. En outre, de nouveaux amendements ont été adoptés sur
la réduction de la durée des campagnes électorales et sur les médias sans avoir
été discutés entre les experts de la Commission de Venise et de l’OSCE/BIDDH et
les autorités. Une réforme de la législation électorale reste donc nécessaire.
Assistance à la Commission
électorale centrale
Sur demande de la Commission électorale
centrale, la Commission de Venise a mis à disposition de cette Commission un
expert qui l'a assistée pendant la préparation des élections, du 23 septembre
au 11 octobre 2008.
Séminaires en matière électorale
Du 14 au 17 juillet 2008, la Commission de Venise a
organisé, en coopération avec la Commission électorale centrale, deux séminaires de formation pour les commissions
électorales territoriales de l'Azerbaïdjan, en coopération avec IFES, qui ont
réuni en tout environ 250 participants.
Du 21 au 26 août 2008, la Commission de
Venise, en coopération avec la Commission électorale centrale de l'Azerbaïdjan
et IFES, a organisé deux sessions de formation pour les membres des groupes
d'experts sur le contentieux créés auprès des commissions électorales
territoriales.
Assistance juridique à une mission d’observation des
élections
A l'invitation de l'Assemblée parlementaire du
Conseil de l'Europe, un expert de la Commission de Venise et un membre du
secrétariat ont participé à la mission d'observation des élections
présidentielles du 15 octobre 2008 en qualité d'experts. Leur tâche était de
conseiller les membres de la délégation de l'Assemblée sur les aspects
juridiques des élections.
- Bosnie-Herzégovine
Réforme électorale
A la demande de la Commission électorale
centrale de Bosnie-Herzégovine, le Conseil des élections démocratiques (à sa 24e
réunion, 15 mars 2008) et la Commission de Venise (à sa 75e session
plénière, 13-14 juin 2008) ont adopté un avis conjoint avec l’OSCE/BIDDH
sur la loi portant amendements à la loi électorale de Bosnie-Herzégovine
(CDL-AD(2008)012). L’avis conjoint porte exclusivement sur les projets
d’amendements à la loi électorale et doit donc être lu conjointement avec les
évaluations précédentes de la loi électorale par la Commission de Venise et
l’OSCE/BIDDH.
La Bosnie-Herzégovine connaît,
nul ne l’ignore, une situation difficile sur les plans constitutionnel,
institutionnel et politique, et le droit électoral a déjà fait l’objet de
fréquentes réformes. Pour la plupart,
les amendements actuels portent sur des questions techniques, à des fins d’éclaircissement
et d’amélioration, et ont globalement des effets positifs. Ils reprennent aussi
des recommandations antérieures ayant davantage trait à des questions de fond,
et peuvent à cet égard être jugés positifs. Toutefois, les amendements ne
répondent pas à certains problèmes importants signalés précédemment concernant
les systèmes électoraux aux niveaux national et des entités, qui sont basés sur
l’appartenance ethnique, l’éligibilité et la transparence dans la détermination
des droits lors des litiges électoraux.
Séminaire sur les standards
électoraux
Le 10 septembre 2008, la Commission électorale centrale de
Bosnie-Herzégovine et la Commission de Venise ont co-organisé un séminaire sur
les standards électoraux. Cette activité a impliqué des membres des commissions
électorales de différents niveaux et mis l'accent sur différentes questions
relatives aux prochaines élections en Bosnie-Herzégovine. Les participants ont
eu l'occasion des discuter des standards électoraux existants et de leur mise
en œuvre pratique lors du processus électoral.
Loi sur le financement des partis politiques
Par une lettre datée du 28 novembre 2007,
M. Stjepan Mikic, président de la Commission électorale centrale de
Bosnie-Herzégovine, et l’ambassadeur Douglas Davidson, chef de la mission de
l’OSCE en Bosnie-Herzégovine, ont demandé l’assistance de la Commission de
Venise au sujet de trois questions concernant la législation de la
Bosnie-Herzégovine sur le financement des partis politiques, contenue
principalement dans la loi sur le financement des partis politiques adoptée en
2000.
A la suite de la visite d’une délégation de
la Commission de Venise à Sarajevo les 18 et 19 février 2008, la Commission de
Venise a adopté un avis sur la loi sur le financement des partis politiques de
Bosnie-Herzégovine à sa 74e session plénière, les 14 et 15 mars 2008
(CDL-AD(2008)002).
Parmi les principaux problèmes sont à
mentionner la question des dons provenant de l’étranger, l’éventail des amendes
possibles, et l’interdiction, pour des partis politiques, de participer à des
élections. Cette dernière mesure est une sanction d’une telle gravité qu’elle
ne peut être envisagée que dans des circonstances très exceptionnelles et
seulement si elle n’est pas disproportionnée par rapport au but poursuivi.
- Bulgarie
Loi sur les partis politiques
A sa 77e session (12-13 décembre
2008), faisant suite à une demande du ministère de la Justice de Bulgarie, la
Commission de Venise a adopté un avis sur les amendements à la loi sur les
partis politiques de Bulgarie (CDL-AD(2008)034). L’évaluation globale de la loi est
positive ; toutefois, certaines dispositions pourraient être réexaminées,
telles que la limitation de la participation des non-citoyens aux partis
politiques, les seuils élevés pour la création de partis, et les exigences
relatives aux sections territoriales des partis. L’avis relève en outre que
certains articles de la loi ayant trait au financement des partis ou aux
procédures de plainte et de recours pourraient être révisés et rendus plus clairs
pour éviter tout problème d’interprétation.
- Géorgie
Réforme
électorale
Suite à une demande des autorités
géorgiennes, le Conseil des élections démocratiques, lors de sa 26e
réunion (18 octobre 2008) et la Commission de Venise, lors de sa 77e
session (12-13 décembre 2008), ont adopté un avis conjoint de la Commission de
Venise et de l’OSCE/BIDDH sur le Code électoral de Géorgie tel qu’amendé en
juillet 2008 (CDL-AD(2009)001). Cet avis conclut que les amendements apportés au Code électoral de
Géorgie constituent clairement une amélioration globale. Plusieurs dispositions
de la législation actuelle restent néanmoins problématiques ou soulèvent des
questions, car elles ne sont pas suffisamment spécifiques. C’est notamment le
cas de la question du nombre d’électeurs dans chaque circonscription
uninominale, qui devrait être comparable. De plus, l’utilisation par des
« fonctionnaires politiques » de leurs fonctions officielles à des
fins de campagne et l’utilisation de ressources administratives à des fins de
campagne doivent être interdits.
En conclusion, la Commission de
Venise et l’OSCE/BIDDH ont suggéré la révision du code électoral sur la base
d’une consultation ouverte et transparente.
Assistance à la
Commission électorale centrale
Du 28 avril au 25 mai et du 29 mai
au 9 juin 2008, une experte internationale de haut niveau envoyée par la
Commission de Venise a assisté la Commission électorale centrale sur des questions
juridiques et techniques avant, pendant et après les élections législatives du
21 mai 2008.
Séminaires en matière électorale
Le 6 mai 2008, la
Commission de Venise a organisé, en coopération avec la Haute école de Justice,
un séminaire sur le contentieux électoral avec les juges en charge de ce
contentieux (juges de la Cour suprême et des cours administratives).
Le 7 mai 2008, la
Commission de Venise, en coopération avec l'Association des jeunes juristes de
Géorgie, a organisé un atelier sur la tenue et la supervision des élections,
qui visait à diffuser les principes du patrimoine électoral européen, en
particulier concernant l'observation le jour du scrutin, par la formation des
ONG actives dans l'observation électorale.
Assistance juridique à deux missions d’observation
des élections
A l'invitation de
l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, un membre de la Commission de
Venise et un membre du secrétariat ont participé à la mission d'observation des
élections présidentielles du 5 janvier 2008 et parlementaires du 21 mai 2008,
en qualité de conseillers juridiques. Leur tâche était de conseiller les
membres de la délégation sur les aspects juridiques des élections.
- Kazakhstan
Conférence sur le financement des
partis politiques
La Commission de
Venise, en coopération avec le Centre de recherche sur la politique législative,
a organisé le 1er décembre 2008 une conférence sur le financement
des partis politiques et des campagnes électorales à Astana, à laquelle ont
participé des représentants du Conseil constitutionnel, du ministère de la
Justice, ainsi que les représentants des partis politiques et de la société
civile.
- Kirghizistan
Réforme
électorale
Le 17 décembre 2008, des représentants de
la Commission de Venise ont pris part à une conférence nationale intitulée
« Le processus électoral au Kirghizistan », au cours de laquelle les
participants ont discuté des normes européennes en matière électorale.
La conférence a rassemblé des représentants de la Commission
électorale centrale, de la Cour constitutionnelle, de différents partis
politiques, de la société civile et d’organisations internationales (OSCE,
Commission européenne, IFES, PNUD, Fondation Soros Kirghizistan).
La coopération avec les autorités kirghizes
devrait se poursuivre en 2009.
- Moldova
Réforme électorale
En avril 2008, le
Parlement de la République de Moldova a adopté des amendements au code
électoral. A la suite d’une demande officielle des autorités moldoves, l’OSCE/BIDDH et la Commission de
Venise ont procédé à un examen conjoint du code électoral de Moldova tel
qu’amendé. L’avis
(CDL-AD(2008)022), adopté par la Commission de Venise à sa 76e
session plénière (Venise, 17-18 octobre 2008), doit être lu conjointement avec
un avis de la Commission de Venise et de l’OSCE/BIDDH
datant de 2007 (CDL-AD(2007)040). Il porte principalement sur la mesure dans
laquelle les amendements répondent à des recommandations antérieures, et
examine ces amendements sous l’angle des engagements du pays vis-à-vis de
l’OSCE et des normes internationales en matière d’élections démocratiques.
Le code électoral régit l’ensemble
des élections et des référendums directs en République de Moldova, hormis ceux
concernant les autorités de l’entité territoriale autonome de Gagaouzie. Les
amendements introduits cette année sont incomplets. Dans l’ensemble, ils n’ont
pas donné suite à la plupart des recommandations. Si certains apportent des
améliorations techniques à l’organisation du processus électoral, il est
regrettable que d’autres constituent un recul. C’est particulièrement le cas de
l’augmentation du pourcentage de votes nécessaire pour l’attribution de sièges
au Parlement, qui passe de 4 à 6 %, alors même que la possibilité de
former des alliances électorales est supprimée et que les candidatures
indépendantes ne sont pas admises. En outre, les personnes possédant une double
nationalité ne sont plus autorisées à siéger au Parlement. La Cour européenne
des droits de l’homme, citant plusieurs documents de la Commission de Venise, a
clairement déclaré que cette interdiction est contraire à l’article 3 du
protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l’homme. La Cour
a notamment relevé qu’il existe d’autres moyens de garantir la loyauté des
membres du Parlement à l’égard de l’Etat, telles que l’obligation de prêter
serment en ce sens, et que la Moldova est partie à la Convention européenne sur
la nationalité, qui garantit à toutes les personnes possédant plusieurs
nationalités l’égalité de traitement avec les autres Moldoves[12].
Il serait
souhaitable, à titre prioritaire, de mettre en œuvre toutes les recommandations
figurant dans cet avis, ainsi que d’autres recommandations importantes
contenues dans les avis conjoints précédents, avant les élections
parlementaires prévues en 2009.
Le 29 mai 2008, la Commission de
Venise avait déjà participé à une réunion d’experts avec la République de
Moldova, organisée par la Commission européenne et consacrée à des questions
relatives aux droits de l’homme et à la démocratie. Les aspects relatifs aux
seuils et à la limitation des droits électoraux des citoyens à double nationalité
y avaient été abordés.
Séminaires en matière électorale
Le 30 octobre 2008, la Commission a organisé
un séminaire visant au renforcement des capacités de la Commission électorale
centrale et de la société civile en Moldova en matière électorale. Le séminaire,
qui a porté sur les différentes étapes du processus électoral, visait les
membres et le personnel de l'administration électorale, ainsi que les ONG
accréditées pour observer les élections.
La Commission a organisé les 24-25 novembre 2008 un séminaire
destiné aux juges chargés du contentieux électoral. Ont participé environ 80
juges, provenant des Cours constitutionnelle et suprême, ainsi que des Cours
administratives et d’appel de tout le pays.
Séminaire dans le domaine électoral réunissant des experts
des deux rives du Nistru
La Commission de Venise a participé le 31 octobre 2008 à une
mission exploratoire en
Transnistrie, en vue d’examiner si un séminaire conjoint impliquant les
Commissions électorales centrales de Moldova et de Transnistrie était possible
en 2008. Suite à cette rencontre, la Direction générale des droits de l’homme
et des affaires politiques du Conseil de l’Europe et la Commission de Venise,
en coopération avec l’OSCE/BIDDH et la mission de l’OSCE en Moldova, ont
organisé un séminaire sur les normes électorales européennes à Budapest les 18
et 19 décembre 2008. L’événement a toutefois été annulé car la délégation
transnistrienne a annoncé au dernier moment qu’elle ne participerait pas.
- Monténégro
Assistance juridique à une mission
d’observation des élections
A l'invitation de l'Assemblée parlementaire du
Conseil de l'Europe, un expert de la Commission de Venise a participé à la
mission d'observation des élections présidentielles du 6 avril 2008 en qualité
d'expert. Sa tâche était de conseiller les membres de la délégation de
l'Assemblée sur les aspects juridiques des élections.
- Serbie
Loi sur les élections locales
Le 18 mars 2008, la Commission de Venise a participé à une
réunion d’experts sur la législation de base relative à l’autonomie locale en
Serbie. En particulier, la discussion a porté sur la nouvelle loi sur les
élections locales.
La coopération en matière électorale avec la Serbie devrait
se poursuivre en 2009.
Assistance juridique à une mission
d’observation des élections
A l'invitation de l'Assemblée parlementaire du
Conseil de l'Europe (APCE), la Commission de Venise a conseillé les membres de
la délégation de l'APCE qui a observé les élections parlementaires du 11 mai
2008 sur les aspects juridiques des élections.
- « L’ex-République
yougoslave de Macédoine »
Renouvellement de la nomination des membres de la
Commission électorale d’Etat
Suite à la demande de la Commission de suivi de l’Assemblée
parlementaire, la Commission a adopté, à sa 77e session (12-13
décembre 2008), un avis sur la question du renouvellement de la nomination des
membres de la Commission électorale d’Etat de «l'ex-République yougoslave de
Macédoine» (CDL-AD(2008)036). La dernière révision du code électoral entraîne
le renouvellement total de la Commission électorale d'Etat peu avant les
élections. L'avis met en particulier l'accent sur la stabilité du droit
électoral. Il faut éviter les apparences de manipulations et d'avoir uniquement
des membres inexpérimentés.
Séminaire en matière électorale
Les 16 et 17 décembre 2008, la
Commission de Venise a organisé un séminaire, en coopération avec la Commission
électorale d’Etat, en vue de la préparation des élections
présidentielles et locales du printemps 2009. Les débats ont porté sur les principes
du patrimoine électoral européen ; sur le fonctionnement de
l’administration électorale et son travail dans le contexte des élections à
venir ; sur les droits et devoirs des observateurs en période de scrutin.
Le titre du séminaire était :
« Comment préparer les élections à venir afin de permettre l’organisation
d’élections crédibles et justes ? » Ont participé à ce séminaire environ
quarante participants, soit pour moitié des membres et des membres du
personnel de la Commission électorale d’Etat et pour moitié des
présidents de commissions électorales municipales.
Assistance juridique à une mission
d’observation des élections
A l'invitation de l'Assemblée parlementaire du
Conseil de l'Europe (APCE), un expert électoral de la Commission de Venise a
participé à la mission d'observation de l'APCE, en qualité de conseiller
juridique ; à l'occasion des élections législatives du 1er juin 2008. Sa
tâche était de conseiller les membres de la délégation sur les aspects
juridiques des élections.
- Turquie
Interdiction de partis politiques
A sa réunion du 11 septembre 2008, la
commission de suivi de l’Assemblée parlementaire a décidé de demander à la
Commission de Venise d’examiner les dispositions constitutionnelles et
législatives régissant l’interdiction de partis politiques en Turquie. La
Commission a tenu un premier échange de vues avec des représentants des
autorités turques à sa session d’octobre, et a poursuivi les discussions à sa
session de décembre. L’adoption de l’avis de la Commission est prévue pour la
session de mars.
- Ukraine
Projets
de lois sur le référendum
A sa 77e session, la Commission
de Venise a adopté des commentaires (CDL-EL(2008)010, 023 et 028) portant sur
les projets de lois sur le référendum en Ukraine. Cet avis avait été demandé
par le Président du Parlement ukrainien. La conclusion des rapporteurs est que,
dans les deux projets de loi, les principaux points qui devaient être abordés
sont bien traités et peuvent servir de base juridique à l’organisation d’un
référendum ; toutefois, les textes sont trop détaillés et contiennent
parfois d’inutiles répétitions, voire des contradictions. La coopération sur
cette question devrait se poursuivre en 2009.
Réforme électorale / Conférence sur les standards européens et le développement
de la législation électorale en Ukraine
Le 16 janvier 2008, la Commission de Venise a organisé une Conférence sur les
standards européens et le développement de la législation électorale en Ukraine
en coopération avec l'OSCE et l'Institut du droit électoral. L'objectif de
cette réunion était de discuter des élections ukrainiennes de 2007 et d'avoir
un échange de vues sur les améliorations à apporter à la législation et à la
pratique électorales. Ont participé à la conférence : le Président et des
membres du Parlement, les Présidents des cours constitutionnelle et suprême,
des juges, des membres de la Commission électorale centrale, des représentants
des partis politiques, des organisations non gouvernementales et des
universités.
La coopération avec les autorités ukrainiennes sur la
réforme électorale, de préférence en vue de l’adoption d’un code électoral
unifié, devrait se poursuivre en 2009.
2. activités
transnationales
Code de
bonne conduite en matière référendaire
En 2007, la Commission de Venise a adopté
le Code de bonne conduite en matière référendaire (CDL-AD(2007)008), qui a été
ensuite approuvé par le l’Assemblée parlementaire et le Congrès des pouvoirs
locaux et régionaux du Conseil de l’Europe. Le 27 novembre 2008, le Comité des
Ministres a adopté une déclaration sur le Code de bonne conduite en matière
référendaire, dans laquelle il invite les gouvernements, les parlements et les
autres autorités compétentes des Etats membres à tenir compte du Code de bonne
conduite en matière référendaire, à s'en inspirer, dans le respect de
leurs traditions nationales démocratiques, lors de l'élaboration et
de l'application de la législation relative aux référendums et à déployer des
efforts soutenus pour lui assurer une large diffusion au sein des milieux
concernés.
Code de
bonne conduite en matière de partis politiques
En 2008, la Commission de Venise a poursuivi
ses travaux relatifs au Code de bonne conduite en matière de partis politiques,
jusqu’à son adoption.
Ce document a été élaboré suite à la résolution 1546(2007) de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe sur le Code de bonne conduite des
partis politiques. Le Conseil des élections démocratiques, lors de sa 26e
réunion (18 octobre 2008), et la Commission de Venise, lors de sa 77e
session (12-13 décembre 2008), l’ont adopté (CDL-AD(2009)002). Le Conseil des
élections démocratiques a commencé, lors de sa 27e réunion (13
décembre 2008), l’examen du projet de rapport explicatif du Code, qui devrait
être adopté en mars 2009.
Le Code de bonne conduite en matière de
partis politiques a été élaboré à la demande de l’Assemblée parlementaire et
vise à une systématisation des bonnes pratiques. Il s’adresse aux partis
politiques et ne contient pas de recommandations à l’adresse des autorités
nationales. Il comprend quatre parties, relatives aux principes généraux
auxquels les partis politiques doivent se conformer, à l’organisation interne
des partis politiques, à leur financement et à leurs fonctions politiques. Les
principes généraux comprennent la définition des partis politiques et des
principes directeurs tels que la prééminence du droit, la démocratie, la transparence
et l’ouverture. Dans le chapitre sur l’organisation interne, la Commission met
l’accent notamment sur la non-discrimination quant à l’admission des membres,
la structure démocratique interne, la représentativité, la responsabilité et
l’obligation de rendre compte. Le chapitre sur le financement rappelle des
normes davantage développées dans des travaux antérieurs de la Commission (voir
le documentCDL-INF(2001)008). Enfin, le chapitre sur les fonctions politiques
traite du programme, de la formation civique et politique des adhérents, de
l’activité des partis pendant les élections et de l’exercice des fonctions et
du rôle dans l’opposition.
Le double droit de vote des personnes appartenant à des
minorités nationales
En octobre 2006, le
Bureau du Haut Commissaire de l’OSCE sur les minorités nationales (OSCE-HCNM) a
sollicité l’avis de la Commission de Venise sur un document préparé par
l’OSCE-HCNM concernant le double droit de vote des personnes appartenant à des
minorités nationales. Après avoir examiné la question, la Commission a souligné
qu’il convenait de tenir compte de la grande diversité des modèles existants
pour assurer l’élection des représentants des minorités aux assemblées
nationales et régionales, ainsi que de la latitude considérable laissée aux
Etats dans le choix des moyens d’assurer une participation effective. Cette
marge d’appréciation doit leur permettre de prendre en compte les circonstances
historiques et sociales qui leur sont propres, tout en respectant l’article 3
du protocole additionnel à la CEDH et l’article 25 du PIDCP des Nations Unies,
ainsi que la jurisprudence y afférente.
A la suite de cette
discussion, l’OSCE-HCNM a préparé une version révisée du document sur le double
droit de vote des personnes appartenant à des minorités nationales. Les
conclusions du séminaire UniDem sur la participation des minorités à la vie
publique (Zagreb, 18-19 mai 2007) ont également été prises en compte dans ces
commentaires. Le rapport (CDL-AD(2008)013), établi sur la base des contributions
de M. Sergio Bartole et Mme Josette Durrieu, a été adopté par le
Conseil des élections démocratiques à sa 25e réunion (Venise, 12
juin 2008) et par la Commission de Venise à sa 75e session plénière
(Venise, 13-14 juin 2008).
Il ressort des
conclusions du rapport que la représentation des minorités dans les organes
élus peut être garantie soit par l’application des règles générales du droit
électoral, soit par des règles spécifiques. La situation dépend d’un certain
nombre de variables, telles que la nature des règles électorales (par exemple
système proportionnel ou majoritaire), la répartition des minorités (en
particulier, si elles constituent une majorité sur une partie du territoire) et
le degré d’intégration, en pratique, des minorités dans le système politique.
Parallèlement,
les intérêts à long terme des minorités et des sociétés en général semblent
être en principe mieux servis par une représentation relevant du « système
électoral ordinaire », qui garantit des droits égaux à tous les citoyens
quelle soit leur appartenance initiale à un groupe. Toutefois, de l’avis de la
Commission, cela n’exclut pas, en cas de nécessité, des mesures spécifiques de
nature transitoire pour assurer une représentation appropriée des minorités. De
telles mesures comprennent entre autres des exceptions aux règles sur le seuil,
les sièges réservés et la surreprésentation des régions dans lesquelles la
minorité est majoritaire.
La Commission parvient à la
conclusion qu’une organisation politique plus décentralisée apporterait
éventuellement d’autres réponses, surtout lorsque les minorités nationales sont
concentrées dans certaines régions. La reconnaissance des autonomies régionales
en Italie (Trentin-Haut Adige, Val d’Aoste), en Espagne (Catalogne, Pays
basque) et en Grande-Bretagne (loi de dévolution à l’Ecosse, développements
récents en Irlande du Nord) montre que l’organisation des Etats peut concilier
unité politique et présence des minorités dans le respect de la primauté des
droits universels. Cela peut amener d’autres pays à accepter une meilleure
autonomie de leurs minorités.
Dans la mesure où
des règles spécifiques sur la représentation des minorités nationales sont
retenues, et compte tenu de ce qui précède, la Commission conclut que le double
vote est une mesure exceptionnelle, qui doit respecter la Constitution, et est
admissible si elle respecte le principe de la proportionnalité sous ses
différents aspects. Cela implique que le double vote ne peut être justifié que
si :
- il est impossible d’atteindre l’objectif visé
par d’autres mesures moins restrictives qui ne portent pas atteinte à l’égalité
de décompte ;
- il
présente un caractère transitoire ;
- il
concerne uniquement une minorité peu nombreuse.
Enfin, compte tenu du caractère
exceptionnel du double vote, la Commission recommande que le respect des
conditions ci-dessus (en particulier, celles qui se réfèrent à sa fonction
d’intégration des minorités dans le système politique et à sa portée limitée)
soit réexaminé périodiquement, afin de maintenir son caractère transitoire.
Quorums et autres aspects des systèmes électoraux
restreignant l’accès au Parlement
Suite aux conclusions de la session 2007
du Forum pour l’avenir de la démocratie, le Comité consultatif du Forum a
souhaité un examen plus approfondi de la question du seuil de la représentation
parlementaire. La Commission de Venise a dès lors entamé une étude sur ce
thème.
Le rapport adopté par la Commission en
décembre 2008 constitue une première étape, que l’on peut qualifier d’analyse
comparative contextuelle : il présente les divers
mécanismes qui ont pour effet de limiter l’accès des partis au parlement, ainsi
que, de manière comparative, les différents contextes dans lesquels ces
mécanismes s’inscrivent au sein de systèmes électoraux précis. Il ne concerne dès lors
pas seulement les quorums, mais aussi les autres aspects des systèmes
électoraux (taille des circonscriptions, systèmes majoritaires, etc.) qui
restreignent l’accès au Parlement. Il conclut que, afin
de pouvoir porter un jugement de valeur normatif et d’élaborer des normes
européennes communes en matière d’intégration ou d’exclusion des partis au sein
du parlement, il convient avant tout de préciser de quelle manière les
différents systèmes électoraux européens les intègrent ou les excluent
véritablement. Toutefois, le degré d’intégration ou d’exclusion dépend de
plusieurs caractéristiques ou mécanismes expressément prévus par ces systèmes
électoraux ou qui en découlent implicitement. Comme ceux-ci peuvent avoir pour
effet d’exclure de la même manière certains partis du parlement, il ne suffit
pas de tenir compte du seuil légal lorsqu’on mesure ce degré d’intégration ou
d’exclusion. Toute analyse comparative sérieuse et contextuelle de la question
suppose de prendre également en considération l’ensemble des mécanismes
étudiés, c'est–à–dire les seuils au sens large.
Ce rapport devrait être suivi – deuxième
étape - d’une analyse détaillée du droit national et – troisième étape -
de l’élaboration éventuelle de recommandations.
Conférence sur le droit et la pratique des élections dans
les Etats membres du Conseil de l’Europe
La Commission de Venise a organisé une
conférence sur le droit et la pratique des élections dans les Etats membres du
Conseil de l’Europe en coopération avec l’Institut de droit européen de
l’Université d’Etat des relations internationales de Moscou, les 28 et 29 avril
2008. Les interventions ont porté principalement sur l’analyse comparative des
systèmes électoraux dans les pays du Conseil de l’Europe et sur la pratique politique
russe considérée sous l’angle des normes internationales en matière d’élections
et de la protection judiciaire du droit de vote. Au cours de la discussion, les
participants ont procédé à un fructueux échange de vues sur différentes
questions ayant trait à la mise en œuvre nationale, en droit et en pratique,
des normes internationales en matière d’élections.
La conférence a rassemblé
des experts internationaux et une cinquantaine de participants venus de
différentes institutions publiques et ONG russes, ainsi que des professeurs de
droit.
Séminaire UniDem sur l’annulation des résultats des
élections
La Commission européenne pour la démocratie par le droit a organisé à La
Valette (Malte), les 14-15 novembre 2008, un séminaire UniDem sur “L’annulation
des résultats des élections”, en coopération avec la Cour constitutionnelle de
Malte et le ministère de la Justice et de l’Intérieur. Ce séminaire était
destiné aux Cours constitutionnelles et aux Cours suprêmes en charge du
contentieux électoral.
Le thème de cet événement a été choisi sur la base de la
constatation suivante : il n'est pas de démocratie sans élections
conformes aux principes internationaux du droit électoral. Le respect de ces
principes n'est possible que s'il peut faire l'objet d'une sanction, et d'une
sanction judiciaire en particulier. En d'autres termes, il faut qu'un recours,
et de préférence un recours devant un tribunal, soit possible en cas
d'irrégularités dans la préparation ou le déroulement des élections.
Le séminaire a réuni une quarantaine de
participants, représentants de Cours constitutionnelles et de Cours suprêmes en
charge du contentieux électoral en provenance des différentes parties de
l’Europe, ainsi que de la Cour européenne des droits de l’homme, de même que
des spécialistes du droit électoral et du contentieux, praticiens comme
universitaires. Ils ont d’abord examiné dans quels cas des irrégularités
électorales doivent conduire à l'annulation des résultats des
élections, sur la base d’un questionnaire. Les réponses au questionnaire
serviront de base à une étude comparative que la Commission de Venise devrait
adopter en 2009.
Ensuite, les participants ont travaillé sur un cas pratique où étaient en
cause aussi bien des dispositions législatives posant problème à l’égard du
patrimoine électoral européen que des irrégularités factuelles. Ils devaient
indiquer si, prises séparément ou dans leur ensemble, les circonstances du cas
constituaient une violation de leur droit national et si elles devaient
conduire à l’annulation des résultats.
Cinquième Conférence européenne des
administrations électorales – « Le vote à distance » (Bruxelles,
20-21 novembre 2008)
La 5e Conférence européenne
des administrations électorales, qui avait pour thème « Le vote à
distance », a été organisée par la Commission de Venise en coopération
avec le Département des élections de la Direction générale des institutions et
de la population du Ministère de l’Intérieur, les 20 et 21 novembre 2009 à
Bruxelles. Parmi les questions traitées lors de cette conférence figuraient les
récentes élections dans les Etats membres (en se concentrant sur les problèmes
du vote à distance et les mesures prises pour y remédier), le rapport
comparatif sur les procédures de plainte et de recours dans les Etats membres
du Conseil de l’Europe, la difficulté d’atteindre les citoyens expatriés et de
les convaincre de s’inscrire et de voter, et les récents développements dans le
domaine du vote électronique dans les Etats membres du Conseil de l’Europe. Des
représentants de l’Autriche, de la Belgique et du Royaume-Uni ont informé les
participants de la situation concernant le vote à distance dans leurs pays
respectifs lors de récentes élections.
Environ 70 participants
venus des administrations électorales nationales des pays suivants ont
participé à la conférence : Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique,
Estonie, Finlande, Allemagne, Italie, Kirghizistan, Lettonie, Lituanie, Malte,
Mexique, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Fédération de Russie, Slovaquie, Espagne,
Suède, « l’ex-République yougoslave de Macédoine », Ukraine et
Royaume-Uni ; des représentants du Congrès des pouvoirs locaux et
régionaux du Conseil de l’Europe étaient également présents.
La conférence a pris note
des cas dans lesquels le recours au vote à distance a contribué à renforcer la
mise en œuvre du principe de suffrage universel, et a invité les Etats membres
de la Commission de Venise à faire en sorte que soient respectés, y compris à
l’égard du vote à distance, tous les principes régissant des élections libres
et équitables, tels qu’ils sont énoncés dans le Code de bonne conduite en
matière électorale adopté par la Commission de Venise en octobre 2002.
VOTA, la base de données électorale de la Commission de
Venise
La base de données VOTA a été créée en
2004 dans le cadre du programme conjoint de la Commission de Venise et de la
Commission européenne « La démocratie par des élections libres et
équitables ». Elle comprend la législation électorale des Etats membres de
la Commission de Venise et d’autres Etats qui participent aux travaux de la
Commission. Plus de 80 textes de loi d’une quarantaine d’Etats et les avis de
la Commission de Venise en matière électorale sont déjà disponibles dans cette
base, en anglais et en français (http://www.venice.coe.int/VOTA).
V. COOPÉRATION ENTRE LA
COMMISSION ET LES ORGANES DU CONSEIL DE L’EUROPE, DE L’UNION EUROPÉENNE ET
D’AUTRES ORGANISATIONS INTERNATIONALES
1. conseil
de l’europe
- Comité des Ministres
Lors de la session de juin de la
Commission, le ministre Jan Kubis (République slovaque), alors président du
Comité des Ministres, a informé la Commission des résultats de la Présidence
slovaque.
Des représentants du Comité des Ministres
ont participé à toutes les sessions plénières de la Commission en 2008. Les
ambassadeurs ci‑après ont pris part aux sessions de 2008 :
ambassadeur Alexander Alekseev, représentant permanent de la
Fédération de Russie auprès du Conseil de l’Europe, ambassadeur Emil Kuchar,
représentant permanent de la République slovaque auprès du Conseil de l’Europe,
ambassadrice Irma Ertman, représentante permanente de la Finlande auprès du
Conseil de l’Europe, ambassadeur Wendelin Ettmayer, représentant permanent de
l’Autriche auprès du Conseil de l’Europe, ambassadeur Borislav Maric, représentant
permanent de la Bosnie-Herzégovine auprès du Conseil de l’Europe, ambassadeur
Jan Devadder, représentant permanent de la Belgique auprès du Conseil de
l’Europe, ambassadrice Margaret Hennessy, représentante permanente de l’Irlande
auprès du Conseil de l’Europe, ambassadeur Paul Widmer, représentant permanent
de la Suisse auprès du Conseil de l’Europe, ambassadeur Stelian Stoian,
représentant permanent de la Roumanie auprès du Conseil de l’Europe,
ambassadrice Margarita Gega, représentante permanente de l’Albanie auprès du
Conseil de l’Europe, ambassadeur Yevhen Perelygin, représentant permanent de
l’Ukraine auprès du Conseil de l’Europe et Mme Rodica Postu, adjointe au
représentant permanent de la Moldova auprès du Conseil de l’Europe.
Différentes questions ont été soulevées
par les représentants du Comité des Ministres, y compris le rôle de la
Commission de Venise dans la défense de la prééminence du droit, des droits de
l’homme et de la démocratie en tant que valeurs fondamentales du Conseil de
l’Europe, certaines questions budgétaires, la proposition d’organiser une
conférence sur la démocratie et la décentralisation dans le cadre de la
présidence suisse, le Forum pour l’avenir de la démocratie, le rôle de la
Commission de Venise dans le soutien aux réformes en Europe centrale et
orientale, l’intérêt de son travail pour les démocraties établies de longue
date, et son influence au-delà du continent européen.
Le rapport sur le contrôle démocratique
des forces armées a été préparé et adopté à la demande du Comité des Ministres.
La Commission a organisé conjointement avec
la présidence slovaque le séminaire « L’utilisation d’instruments
internationaux pour protéger les droits individuels, les libertés et les
intérêts légitimes au moyen de la législation nationale, ainsi que le droit à
une défense juridique au Bélarus : défis et perspectives » (Minsk, 24
avril 2008). Elle a pris part à deux rencontres organisées dans le cadre de la
présidence suédoise du Comité des Ministres : le forum « Vers une
mise en œuvre renforcée de la Convention européenne des droits de
l’homme » (Stockholm, 9-10 juin) et la Conférence régionale sur la justice
et la prééminence du droit dans le Caucase du Sud (Tbilissi, 19-20 novembre).
- Assemblée parlementaire
M. Pourgourides (Chypre) a participé en qualité de
représentant de l’Assemblée parlementaire aux sessions de mars, juin et
octobre ; M. van der Linden (Pays-Bas), ancien président de
l’Assemblée, à celles d’octobre et de décembre.
Les représentants de l’Assemblée
parlementaire ont informé la Commission des activités de l’Assemblée présentant
un intérêt particulier pour la Commission.
Plusieurs textes ont été adoptés à la
demande de l’Assemblée parlementaire, y compris le Code de bonne conduite en
matière de partis politiques, les avis sur la Constitution de la Bulgarie, sur
le projet de constitution de l’Ukraine, sur les amendements à la Constitution
d’Albanie et sur les amendements au code électoral de « l’ex-République
yougoslave de Macédoine », ainsi que le rapport sur le droit d’initiative
législative. L’avis sur la réglementation relative à l’interdiction de partis
politiques en Turquie sera adopté en 2009.
L’Assemblée parlementaire a continué de
participer activement au Conseil des élections démocratiques, créé en 2002 en
tant qu’organe tripartite de la Commission de Venise, de l’Assemblée
parlementaire et du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de
l’Europe (voir la partie IV ci‑dessus). Le Conseil des élections
démocratiques était présidé par un membre de l’Assemblée parlementaire,
M. van den Brande (Belgique), et plusieurs de ses activités ont été
lancées à l’initiative de représentants de l’Assemblée parlementaire.
Conformément à l’accord de coopération conclu entre la Commission de Venise et
l’Assemblée parlementaire, des représentants de la Commission ont participé à
plusieurs missions d’observation d’élections de l’Assemblée.
La Commission a participé à l’audition
sur « la protection des droits de l’homme dans les situations
d’urgence », organisée par l’Assemblée parlementaire le 9 septembre à
Paris.
- Congrès des pouvoirs locaux et
régionaux du Conseil de l’Europe
Le Congrès était représenté par
M. Newbury à la session plénière de mars de la Commission, et par
M. Delcamp à celle d’octobre. Le Congrès a continué de participer
activement aux travaux du Conseil des élections démocratiques, créé en 2002 en
tant qu’organe tripartite de la Commission de Venise, de l’Assemblée
parlementaire et du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe
(voir la partie IV ci-dessus). Le séminaire UniDem sur le rôle des secondes
chambres (voir la partie II ci-dessus) a été organisé en coopération avec le
Congrès.
- Cour européenne des droits de
l’homme
En 2008, la Commission de Venise est intervenue à
titre d’amicus curiae dans deux affaires pendantes devant la Cour européenne des
droits de l’homme (Bijelić c. Monténégro et Serbie, et Sejdić et
Finci c. Bosnie-Herzégovine ; voir la partie II ci-dessus), comme elle
l’avait fait dans deux affaires antérieures (Jeličić c.
Bosnie-Herzégovine,CDL-AD(2005)020 ; Parti nationaliste basque –
Organisation régionale d’Iparralde c. France,CDL-AD(2006)014).
Les interventions tierces sont pour la
Commission de Venise un moyen de mettre son expérience et ses réflexions à la
disposition de la Cour européenne des droits de l’homme lorsque celle-ci traite
une affaire soulevant une question sur laquelle la Commission de Venise s’est
déjà penchée. Bien entendu, les mémoires amicus curiae de la Commission
de Venise ne traitent pas les questions de fond des affaires pendantes devant
la Cour.
A cette forme de coopération s’ajoute le fait que, depuis
2001, la Cour fait de plus en plus fréquemment référence aux travaux de la
Commission de Venise dans ses arrêts et décisions (plus de 35 cas à ce jour,
dont sept en 2008). Les documents les plus fréquemment cités sont les Lignes
directrices sur l’interdiction et la dissolution des partis politiques et le
Code de bonne conduite en matière électorale.
- Forum pour l’avenir de la
démocratie
La Commission de Venise a participé au 4e
Forum pour l’avenir de la démocratie, consacré à la démocratie électronique,
qui s’est tenu du 15 au 17 octobre à Madrid.
- Centre Nord-Sud
La Commission de Venise a participé à une
conférence sur la résolution des conflits au XXIe siècle, organisée
par le Centre Nord-Sud à Johannesburg du 26 au 28 mars, ainsi qu’au Forum de
Lisbonne de 2008, qui avait pour thème « Le principe d’universalité des
droits de l’homme et sa mise en œuvre aux niveaux international et
régional » (Lisbonne, 10-11 novembre 2008).
2. union
européenne
Les Directeurs généraux de la Commission européenne
responsables de l’élargissement et des relations extérieures, et le Secrétaire
de la Commission de Venise, ont procédé le 13 juin à un échange de lettres sur
une coopération renforcée entre les deux institutions. A la session de juin de
la Commission, Mme Pavan Woolfe, représentante de la Commission européenne
auprès du Conseil de l’Europe, a présenté l’échange de lettres et a confirmé la
volonté de la Commission européenne d’intensifier encore davantage une
coopération d’ores et déjà excellente. La Commission européenne continue d’être
représentée aux sessions de la Commission par un membre du service juridique.
La Commission de Venise a participé au
programme conjoint de coopération entre la Commission européenne et le Conseil
de l’Europe visant à promouvoir le processus démocratique en Ukraine et dans le
Caucase du Sud, en particulier au moyen d’activités en matière électorale en
Géorgie et en Ukraine (jusqu’en avril 2008). A partir de janvier 2008, elle a
participé au programme conjoint de coopération entre la Commission européenne
et le Conseil de l’Europe intitulé « Caucase du Sud - Moldova/Soutien à la
tenue d’élections libres et équitables », par le biais d’activités menées
en Arménie, en Azerbaïdjan, en Géorgie et en Moldova. Les activités de la
Commission pour le Kazakhstan et le Kirghizistan s’inscrivaient également dans
le cadre d’un programme conjoint avec la Commission européenne.
A l’invitation de la présidence slovène
de l’Union européenne, le Secrétaire de la Commission a fait une présentation
devant le Groupe de
travail du Conseil de l’UE sur l’OSCE et le Conseil de l’Europe (COSCE) le 27
juin à Bruxelles. La présentation avait pour thème « La Commission de
Venise et son rôle consultatif en matière constitutionnelle :
perspectives ».
La Commission a participé à la Conférence
ministérielle UE-Asie centrale sur « l’Etat de droit, pierre angulaire du
développement », les 27 et 28 novembre à Bruxelles. La Commission
européenne et l’Allemagne ont exprimé l’intention d’apporter un soutien
financier aux activités de la Commission relatives à l’Etat de droit en Asie
centrale.
Tout au long de l’année, la Commission a
entretenu une coopération étroite avec le représentant spécial de l’Union
européenne pour la Moldova, M. Mizsei. La collaboration rapprochée avec le
Conseil de l’Union européenne a été maintenue et a porté notamment sur la
situation constitutionnelle en Ukraine. Un représentant du Conseil de l’Union a
participé à la session de juin de la Commission.
3. osce
Un représentant de la Commission de Venise a participé à un
séminaire de la présidence de l’OSCE sur les questions relatives aux élections,
les 21-22 juillet 2008 à Vienne. Tout au long de l’année, la Commission de
Venise a poursuivi sa coopération étroite avec l’OSCE/BIDDH en matière
électorale, notamment pour la rédaction d’avis conjoints sur les lois
électorales d’Arménie, d’Azerbaïdjan, de Bosnie-Herzégovine, de Géorgie et de
Moldova. Des informations plus détaillées sur cette coopération figurent dans
la partie IV ci-dessus. L’OSCE/BIDDH a participé à la 5e Conférence
européenne des administrations électorales (20-21 novembre 2008, Bruxelles). En
outre, la Commission de Venise coopère régulièrement, sur des questions
électorales et autres, avec les bureaux de l’OSCE sur le terrain.
La Commission de Venise et l’OSCE/BIDDH ont
également adopté une série d’avis conjoints dans le domaine des droits de
l’homme. En 2008, ces avis ont porté sur la liberté de réunion en Arménie et au
Kirghizistan ainsi que sur la liberté de religion au Kirghizistan.
Des représentants de la Commission de
Venise ont participé aux sessions de travail de la réunion du BIDDH sur la
dimension humaine consacrées à la liberté d’expression et à la liberté de
religion (30 septembre et 7 octobre, Varsovie), à la réunion supplémentaire sur
la dimension humaine consacrée à l’exercice du pouvoir législatif dans la
démocratie, organisée par la présidence finlandaise (6-7 novembre, Vienne), et
à la réunion d’experts sur une meilleure législation dans la zone OSCE (5
novembre, Vienne).
En 2008, la Commission de Venise a
poursuivi sa coopération avec le Haut Commissaire de l’OSCE pour les minorités
nationales (HCNM) sur le double droit de vote des personnes appartenant à des
minorités nationales. Elle a adopté son rapport sur cette question à sa 75e
session plénière (13-14 juin 2008, Venise). En outre, des membres de la
Commission de Venise et un représentant du Secrétariat ont été consulté par le
HCNM dans le contexte de la préparation des recommandations de Bolzano sur les
minorités nationales dans les relations interétatiques, qui ont été publiées en
juin 2008.
4. nations
unies
A l’invitation du Rapporteur spécial des Nations Unies sur
la promotion et la protection des droits de l’homme et des libertés
fondamentales dans la lutte contre le terrorisme, un représentant de la
Commission de Venise a participé à la réunion sur « la législation
internationale sur l’aviation : promouvoir les garanties juridiques et
protéger les droits de l’homme dans le contexte de la lutte contre le
terrorisme » (24 juin, Genève).
Un représentant de la Commission a
présenté l’expérience de la Commission lors d’un séminaire, organisé par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux
droits de l’homme (HCDH) visant à renforcer la capacité du HCDH à offrir une
assistance constitutionnelle aux Etats. Le séminaire s’est tenu les 10 et 11
décembre à Genève.
5. union de l’europe occidentale (ueo)
Un représentant de la Commission a présenté le rapport sur
le contrôle démocratique des forces armées lors d’une conférence de l’UEO sur
« les choix stratégiques pour la sécurité et la défense de
L’Europe », le 5 mai à Paris.
6. association des
administrateurs d’élections de l’europe centrale et orientale (aceeeo)
Un représentant de la Commission de
Venise a participé à une conférence de l’ACEEEO sur les moyens d’assurer la
sécurité des élections, du 11 au 13 septembre 2008 à Constanta.
7. institut international pour la démocratie et l’assistance
électorale (idea)
A l’invitation de l’IDEA, un représentant de la Commission
de Venise a participé à un atelier sur le contentieux électoral le 6 novembre
2008 à Bruxelles.
Davantage d’informations sur les Etats membres de l’Accord
élargi, les membres individuels de la Commission, les réunions tenues et les
avis adoptés ainsi que la liste des publications de la Commission sont disponible au site Internet de la Commission de Venise : www.venice.coe.int.
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